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2 février 2009

Cette écriture est la seule fenêtre. Bravo !

Classé sous Non classé — sollers @ 17:2


Le roman de Philippe Sollers est daté du 30 septembre 121. Faut-il le lire comme la continuation de l’Evangile selon Philippe (cité en exergue), qui aurait été écrit au deuxième siècle ? Ou bien de l’Evangile selon Jean, avec son « Au commencement était le Verbe » ?

En tout cas, Philippe Sollers nous recommande de lire son livre comme un vrai polar métaphysique. Il s’agit de sortir, d’ouvrir les yeux à la lumière, nous lisons qu’il s’agit de naître, et de connaissance, littéralement, du dehors, en mourant à la vie d’avant, à cet hôtel utérin où l’être a vécu neuf mois. Dehors, la Nature c’est aussi la Culture, et il y a la lumière, les couleurs, les sons, les mots qui germent, les fleurs, les vagues, le ciel, etc. Comme le dit la Gnose, le Verbe est la lumière véritable, qui luit dans les Ténèbres mais les Ténèbres (on pourrait dire cet intérieur matriciel que l’hystérie féminine tente d’étendre partout dehors en propriétaire du temps) ne la saisissent pas. Il y a le temps des Ténèbres, des Parasites c’est-à-dire ceux qui vivent tels des fœtus (Parasite : belle représentation du temps fœtal qui s’éternise dans sa logique), mais la lumière vainc. Le vrai Commencement est dehors. Echec au trou noir ! Dionysos ne se reconnaît pas de temple ! Echec de Thanatos par rapport à Eros. Joie de la connaissance, dehors ! Le Joyau réussi a échappé à la sourde influence de l’hystérie féminine. Kamikaze de lui-même en faisant l’expérience du Néant, pour connaître dehors la lumière, le Verbe, la régénération de la Nature-Culture, le tireur vise le mur du son, et va jusqu’au bout de la nuit, c’est-à-dire jusqu’au bout du temps de la gestation. Il raconte l’expérience à travers les citations d’autres Voyageurs du Temps, qui sont allés eux-aussi au bout de la nuit. Le Grand Vainqueur est le ressuscité, celui qui ne veut plus être le Parasite, c’est-à-dire mort, étouffé, pas né, n’ayant pas vu la lumière, n’ayant pas passé le mur du son, autant d’expressions pour dire naître. Dehors, l’univers est la pharmacie où les corps lumineux guérissent ! La sortie est une désintoxication, un transvasement, pour un retour sur place au paradis de la lumière. Le temps de paradis n’est pas intra-utérin, la référence !!!, mais c’est dehors ! Le temps menteur organisé nous empoisonnent avec ses Parasites et son traitement de masse des humains, où ce qui compte c’est de faire masse.

Le lecteur auquel Philippe Sollers fait signe n’est pas le garde-malade de nos auteurs modernes qui décrivent leurs maladies. Kafka, qui n’est pas le martyr qu’imaginent ces Parasites qui interprètent faussement les bombes écrites que sont les œuvres de Ducasse, Rimbaud, Nietzsche, tient envers et contre tout au temps éternel de l’enfance, et il voit arriver une déesse. Ducasse imagine que quelqu’un peut arriver, pour continuer ses « Poésies », qui ne sont pas devenues des marchandises. Pari pascalien.

Philippe Sollers, dans sa base insulaire, île qui mélange le ciel et l’eau, irreprésentable en société, en « vie-ensemble », vit « à côté ».

Tandis que, en ce monde sous la sourde influence de l’hystérie féminine, la mère est le seul être supérieur, guettant le petit jaune d’œuf de son bébé mâle, telle la mère d’Houellebecq, qui attend que son fils lui offre son caca cadeau… L’Union des Mères Anti-Poésie fonctionne à plein tube ! Mais Houellebecq tressaille de joie en sachant qu’il ne reverra jamais sa mère. Plutôt la lumière…
La mère de Proust a essayé d’étouffer son « petit crétinos », comme toutes les mères elle se croyait propriétaire du temps, celui de dehors ramené à du dedans matriciel. La mère d’Artaud, par ses grossesses répétées, a ré-envoûté Artaud toute sa vie.

Lançant une bouteille à la mer, Baltazar Gracian dit que, pour atteindre l’île d’immortalité, il faut d’abord passer par la « Grotte du Néant », c’est-à-dire la conscience que, comme le dit l’écrivain très courageux dans son roman écrit à la fin du XXe siècle, « Le monde appartient aux femmes./ C’est-à-dire à la mort./ Là-dessus tout le monde ment. », là-dedans c’est la mort, le Néant, l’absence de commencement de la vie véritablement à la lumière, le commencement Verbe, mots qui germent, Nature-Culture, Connaissance de la joie.

Isidore Ducasse confie la joie d’être né. Alors que les mères, toujours les mères, toujours en train de s’attendrir, donc de persécuter ou d’étouffer leurs enfants, surtout les mâles, veulent hystériquement garder dedans étendu partout dehors dans le temps menteur.

Mais la Vierge, c’est-à-dire une mère libérée de toutes les mères, est assomptée au ciel, c’est-à-dire est née, dehors, à la lumière. Seules de pauvres paysannes illettrées pourraient l’interviewer…

Philippe Sollers, dans son île d’immortalité, sorti de la Grotte du Néant, évoque son corps qui néglige l’appel à la servitude, à l’« être-ensemble », la Grotte c’est juste une piscine… Il répond au cœur enfantin. Comme le dit Rimbaud, l’âme vole comme un oiseau sans contraintes. Il revoit les étoiles, sauvé, ressuscité du soit-disant « meilleur des mondes ».

Goya et le tableau de « La laitière de Bordeaux ». Il est un inceste doux, non pas infernal, une mère, des sœurs. Artemisia maritima… Héraclite le Clair raconte qu’il s’était retiré dans le temple d’Artémis et jouait aux osselets…

Par la force rétro-active dont parle Nietzsche, le passé, le temps d’enfance, refleurit comme l’avenir du présent, dans le maintenant de l’être-temps. Et la rose a son pourquoi, elle attend d’être vue. Même si nous avons été jetés au monde menteur, dans le Camp du traitement de masse des humains, il est possible de se désintoxiquer, de ne pas s’anesthésier à proximité immédiate de la grande dévoreuse, sous son regard. La laitière de Bordeaux, c’est autre chose. Les diamants ne sont pas forcément sous contrôle.

A Bordeaux, Hölderlin a l’impression d’être en Grèce. La lumière de Grèce. Ses poèmes sont bouleversants, mais le parasite financier passe son chemin sans le voir.

Rimbaud échappe avec son corps à l’obscénité infernale. Maître Eckhart est en vérité condamné parce que les religieuses en avaient assez de l’entendre parler du Néant… Chateaubriand, lui aussi grand Voyageur du Temps, évoquant la chambre où sa mère lui a infligé la vie, écrivant qu’il était presque mort lorsqu’il vint au jour, dit que la seule façon d’aborder le temps est l’outre-tombe. Et oui, faire l’expérience de la mort au temps fœtal, ne pas prendre ce temps pour le meilleur des mondes… Proust saisit au fond de sa cour la grande anormalité des choses. Céline, dans sa prison pour condamnés à mort, au Danemark, en 1948, a la vision d’une planète de fous homicides, il écrit qu’on ne rencontre que de prudents rentiers de l’horreur…

La hideuse grimace humaine est enfin visible, même si personne ne la voit. Nous avons changé d’ère sous anesthésie profonde, à moins, écrit Sollers, d’entendre l’appel. Maître Eckhart dit que la vraie lumière est le Néant, la conscience de ce Néant.
La musique est l’échappée, Sollers écoute Bach, qui fut un enfant joueur, fugueur, espiègle : une sorte d’autoportrait. La musique et la littérature se pensent en vous, lorsque vous êtes réveillés du grand sommeil, enfin nés, « à côté » définitivement.

Philippe Sollers : au commencement est un atome explosif, les phrases sont des tubes parcourus de faisceaux rapides, tels des faisceaux de protons neutrons qui parcourent un milliard de Km/heure et entrent dans l’intimité de la matière.

De quoi faire exploser, dans ce polar métaphysique, la sourde influence de l’hystérie féminine… Et revoir les étoiles.
Cette écriture est la seule fenêtre. Bravo !

Philippe Sollers, Les Voyageurs du Temps, Editions Gallimard, 2009.

Alice Granger Guitard
e-l
ittérature, mardi 13 janvier 2009.

 

1 février 2009

Sollers sans masque

Classé sous Non classé — sollers @ 17:2

 Pour avoir beaucoup fréquenté Venise, Philippe Sollers connaît le charme des jeux de masques : malice, virevolte et provocation, tragique et farce mêlés. Aussi n’est-il pas tout à fait surprenant de voir le mot « roman » imprimé sous le titre de son dernier livre. Un roman, vraiment ? Cette succession de chapitres fragmentés, où l’écrivain semble ne parler que de lui, de son éditeur, de son quartier, de ses habitudes, de ses répulsions, des ses ennemis, de ses plaisirs et (mais c’est une précision d’importance) de ces fameux « voyageurs du temps » – autrement dit des créateurs qu’il admire ? Disons une fiction. Outre que la peinture du « moi » n’est pas incompatible avec les représentations imaginaires (c’est même une histoire d’amour vieille comme la littérature), ce livre est un vaste système d’écrans, où l’emploi du « je » cache bien plus qu’il ne dévoile – un contre-roman, pourrait-on dire.

Car c’est un fait : Sollers ne dit finalement presque rien de lui, en dépit des apparences. Ou alors très peu, d’une façon coudée, dans les anfractuosités d’un texte tour à tour éblouissant et parfaitement exaspérant. Un « roman » capricieux, donc, au sens où l’étaient déjà ses Mémoires, intitulés Un vrai roman (Plon, 2007) : tout un système de déconstruction, dont l’intérêt n’est pas Sollers lui-même ni même les différentes manières, plus ou moins drôles, plus ou moins intéressantes, de jouer à être ce personnage nommé Sollers, mais la façon dont un écrivain vraiment doué peut parler de la littérature, de l’art, de la pensée.

Encore faut-il, pour accéder à ces pages, traverser une série de fanfaronnades souvent fastidieuses. En dehors de ses passions artistiques, Sollers dépeint par Sollers est un jouisseur désespéré par son époque. Tout tombe, chez lui, sous le coup d’un immense dégoût, d’une sorte de déception passionnée. Quoi, ce n’était donc que ça ? Les contemporains « pourris de cinéma », leur « bruit », la prolifération des machines et des écrans, l’ignorance, la falsification, « l’absence de pensée », le manque d’audace et la petitesse. L’auteur, lui, se place, sans vergogne, bien au-dessus de ce brouhaha, de ce « bourbier ». On se frotte les yeux : il est la « Bête », ses contemporains (beaucoup d’entre eux) sont les « Parasites ». « La Bête est, écrit-il. Les Parasites voudraient être. » L’idée de la « Bête », qui renvoie probablement à celle de l’ apocalypse de Saint Jean (une incarnation du mal et de l’opposition à Dieu) rebondit dans un climat mystico-religieux, le narrateur multipliant les postures avantageuses, tour à tour dieu ou prophète. On sourirait de ces rodomontades, on pourrait même se prendre au « jeu » de l’écrivain, si l’ensemble ne baignait pas dans une humeur véritablement fielleuse, faite de mépris pour une grande partie de ses semblables (à commencer par les « mères », espèce honnie) et pour le monde dans lequel ils évoluent.

Mais le mot « semblable », justement, ne fonctionne pas. Le narrateur se place en dehors, au-dessus, quelque part ailleurs. Et c’est pour cela, sans doute, qu’il ne peut ou ne veut pas écrire de romans, au sens classique du terme. Des livres qui, si l’on s’en tient aux canons du genre, projettent l’auteur en plein milieu de ses semblables et de leur vaste humanité. Sollers est ailleurs, loin. S’il descend parfois dans les « cocktails », serre des mains, plaisante, ce n’est que pour mieux remonter « sous les combles », dans un bureau parisien où il retrouve ses véritables contemporains, ceux qu’il tient pour ses égaux : les poètes, au premier chef, mais aussi les philosophes, certains peintres, des musiciens. Et le lecteur peut se féliciter de cette retraite, loin de la corruption d’en bas. Car c’est là, dans les pages qu’il consacre à Breton (« à qui ce roman pourrait être dédié »), à Picasso, à Rimbaud, à Bacon, à Isidore Ducasse, comte de Lautréamont ou à Hölderlin, que Sollers laisse paraître son talent. L’entreprise n’est pas nouvelle : le magnifique La Guerre du goût (Gallimard, 1994) donnait déjà largement la mesure de son aptitude à fréquenter les hommes de génie, et pas seulement ceux du XVIIIe, qu’il connaît mieux que personne.

C’est avec eux, par eux, dans leur voisinage, qu’il échappe à la tragédie d’un temps écrasé, dévoré par le présent comme par un trou noir. L’auteur, qui s’intéresse aux « hantises du temps », donne des pages étranges et belles sur une idée simple : les grands créateurs sont des envoyés qui « ont enterré leurs messages pour plus tard ou jamais ». Leurs oeuvres sont là pour toujours, enchâssées dans le temps comme des capsules contenant l’essentiel de ce que l’humanité devrait savoir. Emporté par cette passion, le style souple et musical de Sollers se déploie. Son art de la citation, déjà perceptible dans les Mémoires, s’épanouit. Et quand il entre dans la vie des écrivains, Hölderlin ou Lautréamont, la jouissance de la langue devient perceptible, heureuse. Sa manière de raconter, pour le coup, frôle le romanesque. Le voilà délivré de ces haines et de cet ego cramponné à son dos comme un parasite. Le voilà lui-même, érudit et styliste inspiré : un écrivain de talent, que l’on doit chercher derrière des masques.

Philippe Sollers, Les Voyageurs du temps. Gallimard, 244 p., 17,90 €.
Signalons également : Grand beau temps, un recueil d’aphorismes de Philippe Sollers établi par Guillaume Petit (Le Cherche Midi 126 p. 13,50 €).

Raphaëlle Rérolle
Le Monde Des Livres du 22 janvier 2009.

 

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