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1 août 2009

Femmes

Classé sous Non classé — sollers @ 8:2

Alors, Philippe Sollers. « Femmes » : enfin la vérité sur ces animaux-là ? 

Ph.S. : Ce mot de Femmes est magique. Avec lui nous faisons tout. La mythologie, les rêves, les religions, la publicité – demain j’enlève le bas : mais il restera la Femme ! – et enfin, comme je le démontre, la politique. Sur ce sujet sacré chacun donne sa vraie meure. Ma conviction est que tous les grands tournants de la société humaine passent par une redéfinition toujours scandaleuse de l’image féminine : Madame Bovary, bien sûr, Nana, si vous voulez ; mais aussi, et comment donc, l’Olympia de Manet dont vous savez l’effet mortel qu’elle produisit sur les bourgeois de l’époque. 

Pourquoi vous en prenez-vous aujourd’hui au grand mythe féminin ? 

Ph.S. : Eh bien, nous sommes à une époque où toutes les idéologies, tous les mythes, se sont dissous, seul résiste « la Femme ». Et même en s’amplifiant : depuis vingt ans, partout, à chaque instant, le féminisme triomphe. Il m’a semblé qu’un roman, aujourd’hui, devait décrire ce phénomène sans précédent. 

Vous voulez dire par là qu’on n’a jamais autant aimé les femmes ? 

Ph.S. : Sûrement pas. En revanche, et sur le modèle même des discours interminables sur le prolétariat, écoutez-les, les « femmes en progrès », c’est à croire que plus on les libère, plus elles se plaignent, plus on les met en même temps à la chaîne. Le marché s’en charge, rebondissant grâce à elles au point qu’elles n’ont plus le choix qu’entre le rôle de gadget qui fait vendre et la brutale définition gynécologique. C’est ce drame qui m’intéresse, car j’y vois la nouvelle imposture, souriante, de notre temps. 

Qu’est-ce qu’aimer les femmes ? 

Ph.S. : Dans la vie quotidienne, aimer les femmes, c’est manifester un goût pour la vérité elle-même dans la mesure où elles ne peuvent pas s’empêcher de la dire. Même à leur corps défendant. Ne pas aimer les femmes c’est ne rien vouloir savoir de la mort. Elles me comprendront. 

Et eux ? Et les hommes ? 

Ph.S. : Les pauvres ! La situation est bien plus grave qu’ils ne le croient ! Ils ont déjà remarqué quelque chose, mais ils ont le plus grand mal à se persuader que l’idole de leur enfance, à savoir leur mère… 

… Vous parlez en effet de l’ « effet mère », pas du tout éphémère… 

Ph.S. : Oui, c’est cela… leur mère, donc, qu’ils ont la manie de retrouver partout, sous d’autres formes, est désormais sans aucune profondeur. Sur notre horizon technique, elle est mise à plat. « Eux », ça les déprime. Montrez-moi un homme à l’aise avec les femmes, aujourd’hui : ce serait un miracle ! 

Don Juan, lui, semblait à l’aise. Il n’y a plus de Don Juan ? 

Ph.S. : Vous avez vu comme les feuilletons télévisés nous cachent soigneusement la dimension libertine de Mozart qui a montré ce Don Juan à l’aise ? Les Don Juan à la petite semaine, ceux d’aujourd’hui, laissez-moi rire ! D’ailleurs, elles s’en plaignent ! Ça n’existe plus ! 

Pour vous, « il n’y a que des femmes »… 

Ph.S. : C’est-à-dire qu’il n’y a plus de perspectives. J’insiste : « les hommes ? Écume, faux dirigeants, faux prêtres, penseurs approximatifs, insectes… gestionnaires abusés… Muscles trompeurs, énergie substituée, déléguée… » 

C’est vous le narrateur ? 

Ph.S. : C’est « un journaliste américain de mes amis », qui raconte sa vie à Paris, en Italie, à New York, en Espagne, à Jérusalem… Chaque fois ponctuée de rencontre de femmes. J’ai voulu relier cette « narration de femmes » à un récit général sur la fabrication de l’information aujourd’hui : journaux, télévision, cinéma. 

Y a-t-il des clés dans « Femmes » ? 

Ph.S. : Oui ! Tous les romans intéressants ont des clés ; et s’il n’y en a pas, le lecteur finit par les y mettre lui-même. Toute l’intelligentsia parisienne, milanaise, new-yorkaise des quinze dernières années est dans « Femmes ». 
Femmes. Editions Gallimard, 1983. Folio n°1620.

Propos recueillis par Laurent Dispot.
Playboy, mars 1983.

Mitterrand - Sollers, 1983
 

 

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