SOLLERS Philippe Blog

8 octobre 2009

LE COEUR ABSOLU

Classé sous Non classé — sollers @ 18:2

I. La Société a été fondée le 8 octobre 1984, à 18 heures, à Venise, par très beau temps. Les membres fondateurs se souviendront toujours de ce temps, et plus particulièrement d’une certaine couleur jaune, d’une certaine couleur violette. Le siège de la Société est au 8, Piazza San Agostino, au troisième étage. Ce siège pourra être transféré par décision unanime.

II. La Société a pour but le bonheur de ses membres. Par bonheur, on entend, dans l’ordre qu’on veut, le plaisir et la connaissance. Pour l’instant, la Société comprend trois femmes et deux hommes. Tout nouveau membre doit être élu à l’unanimité. Le nombre de membres ne pourra pas dépasser la douzaine. Il y aura au moins une femme en plus. Les membres de la Société sont rigoureusement égaux. Ils ont tous les droits et aucun devoir.

III. Le secret de la Société est absolu. Aucun membre n’a de compte à rendre à aucun autre. Chaque membre est seulement tenu de n’être pas ennuyeux. Si, à son insu, l’un des membres commençait à ennuyer un autre, ce simple mot : « ennui », ferait rougir intérieurement et modifierait le comportement. La formule la plus employée sera : « J’espère que je ne vous dérange pas. » « Pas du tout ! » en réponse, sera signe qu’on dérange. « Sûrement pas ! » qu’on est bienvenu.

IV. Les activités sexuelles des membres de la Société sont libres à l’intérieur comme à l’extérieur. Il est permis de les raconter. Il est interdit de s’y sentir obligé.

V. Un candidat qui ne serait pas amateur de musique sera automatiquement récusé. L’hymne de la Société est le Quintette avec clarinette de Mozart. Un candidat doit faire la preuve de sa vue et de son oreille. Il doit aimer, par exemple, L’Asperge de Manet, et être capable de faire au moins deux remarques intéressantes sur un papier collé de Picasso. Il doit connaître le plus grand nombre possible de Mémoires et avoir lu, et bien lu : Juliette ou les prospérités du vice, Généalogie de la morale, Souvenirs d’égotisme, Sodome et Gomorrhe, Rigodon, Femmes et Portrait du Joueur sont facultatifs, mais insidieusement conseillés.

VI. Les considérations de race, de nationalité, de politique, de classe sociale ou de secte sont étrangères à la Société. La seule religion tolérée – et encore d’une façon qui doit être prouvée par l’humour – est la catholique, apostolique et romaine.

VII. Par définition, les membres de la Société sont heureux. Ils se disent pourquoi. Sinon, ils se taisent. Tout membre peut cesser de l’être quand il lui plaît. Si deux membres du même sexe démissionnent, la Société est dissoute.

Lu et approuvé : Sigrid Brodski (philosophe), Cecilia Fornari (musicienne), Marco Leonardo (musicien), Liv Mazon (comédienne), Ph.S. (écrivain).

Philippe Sollers, Le cœur absolu. Éditions Gallimard, 1987. Folio n° 2013.

Une Réponse à “LE COEUR ABSOLU”

  1. Winkler dit :

    Voici ce qui est s’afficher. Très juste description d’une famille en or qui rendrait la saisie indectectable aux yeux du large public et de ses étrangers. Tout juste même, bravo à vous, ce bel hommage de 1876 à 1842, comme un rappel vibrant à la liberté qui nous ceint de tous temps! L’Europe est un jardin sans complot à présent qu’un fil relie tous ses membres à l’unison d’une culture sans effroi devant un monde trop barbare pour une solution trop morcelée à l’esprit éprit de si peu de peccabilité. Le peuple libre dans sa volonté de marcher au pas du progrès vers les faisceaux mondiaux de la lumière unifiée par cette société désormais étendue à tous, depuis la base jusqu’au sommet, jusqu’au sommet entend la publicité de cette merveille d’une Europe forte et unifiée comme un coffre face à ses ennemis déclarés, qui n’y captent goûte à la musique réhabilitée, aux arts redéfinis, à la civilisation révisée de la sorte, les Africains si pauvres d’esprit, les Arabes si nombreux (je m’autorise d’un terme officiel des autorités suisses), les Ausländer de partout (comme le dira Herta Müller si elle est interviewée), et rêve à des jours plus sombres encore où il crevait sous la misère, sans ce réseau qui le comble au présent, et pour l’immensité du futur, dans les joies de la connaissan e! Votre cserveau, autre texte de vous qui travaillez si hardemment à cette organisme de qualité qu’est la culture indectfectible à la française, dans l’ambiguïté de votre appartenance à deux ordres comme à maintes maisons, nous honore de da générosité de son génie du lieu commun qu’est le sens si partagé du bon. Merci pour votre tapage indéfini sur le Böse du monde en tous points du globe d’où que vous éditiiez les ouvrages des beaux écrivains du monde entier dans votre maison paquebot-paquebot.

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