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23 décembre 2009

Bartoli : Sacrificium

Classé sous Non classé — sollers @ 10:2

« L’Heure de … » : Cecilia Bartoli  
Mercredi 23 décembre 2009  à 23h00, France 3
Présenté par : Alain Duault
Durée : 1 heure 15 minutes 

Avec Cecilia Bartoli, l’univers rose et creux des divas a basculé. Voilà une soprano qui fait la carrière la plus éblouissante du monde, mais qui ne se promène pas avec une boîte de chocolats dans les mains, est intelligente comme pas une, et bâtit des programmes dont personne n’a eu l’idée. Sa technique est tout bonnement phénoménale – même Marilyn Horne ne lui arrive pas à la cheville : Bartoli, elle, déroule ses coloratures avec le sourire, toute heureuse de pouvoir tout faire sans effort apparent, comme d’autres parlent. Parfois même, elle semble en rire, prenant le public à témoin de la drôlerie qu’il y a, non pas dans la vocalise de Rossini, mais à simplement monter et descendre les gammes comme de parfaits escaliers, à toute vitesse, sans un accroc : comme c’est amusant, semble-t-elle dire. La vocalise, elle s’en fiche, elle sait bien que c’est stupide. Mais de ses yeux et sourcils d’Italienne restée italienne, ses yeux-et-sourcils de mamma rigolote et gouailleuse, elle se marre au milieu des arpèges, devant son public incrédule et conquis. Avec Bartoli, on assiste à l’irruption soudaine de l’élégance dans le bel canto, monde où le caprice masque des fissures artistiques, physiques, intellectuelles, que la célébrité ne sait pas colmater. L’élégance du geste vocal réalisé avec une absolue perfection.

La vocalise, c’est du sport, rien d’autre. Qu’on se rappelle Nadia Comaneci sur la poutre, qu’on se rappelle les passes impeccables de Zinédine Zidane. Tel est l’univers de la Bartoli, avec ses coloratures huilées, son émission toujours dans le mille de la cible. Qu’elle chante des idioties, car cela lui arrive souvent, importe peu : elle ne les a pas composées, elle n’y est pour rien. Seulement, ces fadaises ont été écrites pour que se révèle un certain parcours vocal : du balbutiement au déroulé accompli. Elle est au point d’arrivée de ce trajet; et ce point ultime la met soudain à égalité avec le créateur. Elle rejoint Mozart écrivant une mélodie, Matisse dessinant une bouche. Elle n’est plus une interprète : elle est dans la sphère de l’idéal. « C’est le disque le plus difficile que j’aie fait », dit-elle à propos de son dernier enregistrement, consacré au répertoire des castrats, rappelant que 4 000 garçons étaient «sacrifiés» tous les ans en Italie, pour que leur aigu d’enfant se conserve dans un corps d’adulte. Comme dirait l’autre, qu’est-ce que c’est, «difficile» ?
 

Jacques Drillon
TéléObs du 19 décembre 2009.

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