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30 septembre 2011

Guerre permanente

Classé sous Non classé — sollers @ 12:2

DSK

Rêvons un peu : après son retour triomphal à Paris, place des Vosges (on se serait cru à l’Élysée), DSK, avec Claire Chazal, réussit un sans-faute millimétré à la télévision, avec une audience de 14 millions de personnes. Est-il convaincant ? Peu importe. Il reconnaît une « faute morale » (pas physique), on croit même entendre, en filigrane, le mot « péché ». Bon, absolution, promesse de sérieux à l’avenir, plus question de « légèreté » avec les femmes, discrétion, retenue, distance.

Les plaignantes se plaignent toujours, mais c’est le passé, le film est saturé, l’avenir nous appelle, allons vite aux choses sérieuses, la Grèce, la crise, les banques, le destin de l’euro et de la planète. Là, devant une telle compétence mondiale, tout le monde se tait et attend une performance future. DSK un jour ministre ? Pourquoi pas ?  Mais de qui ? Pourquoi pas de Sarkozy, réélu en Libye, et capable de bousculer la primaire socialiste ?

Fini la rigolade, la rigueur est là, la France est en danger, l’union nationale s’impose. On parle beaucoup trop d’un « pacte de Marrakech » conclu entre DSK et Martine Aubry, sans s’apercevoir qu’un pacte, beaucoup plus profond et secret, a été signé, il y a longtemps, entre l’actuel président de la République française et son éventuel successeur désigné. Je ne dis pas que DSK sera ministre de la Justice, n’exagérons pas, mais son retour à Bercy, ou dans les environs, est inévitable. Cette nouvelle ouverture à gauche aurait tout son poids. Un argument électoral massue ? La peur et le besoin de protection assumés par des professionnels du job. Une nouvelle cohabitation n’est d’ailleurs par exclue, avec Hollande (enfin un vrai nom français !) comme Premier ministre, Valls au ministère de l’Intérieur, Ségolène Royal présidente de l’Assemblée nationale, Montebourg au Transports, et Aubry à la culture (c’est mon vœu personnel)

11-Septembre

La commémoration du 11 septembre 2001, date capitale de l’Histoire, est troublante. Pendant vingt-quatre heures, vous voyez défiler sur les écrans, en boucle, les deux avions suicidaires faisant exploser les tours du World Trade Center, superbe œuvre d’art architecturale, mais aussi, dans les fantasmes de religieux fanatiques, arrogantes mosquées du diable. Le Dieu coranique, poussé à bout, lance ses kamikazes dans les flammes, et, à force de voir les images de cet attentat en direct, il est presque impossible de ne pas les trouver d’une effrayante beauté.

De quoi s’agit-il ? D’une œuvre d’art criminelle comme destruction d’une grande œuvre d’art. Vous voyez des corps humains se jeter par les fenêtres, vous savez qu’il va y avoir 3.000 morts, mais vous êtes obligés, maintenant, d’entendre le cri « Allah est grand ! » poussé par des terroristes entrant en enfer. C’est tragique, mais le plus tragique est peut-être la figure de Bush, à l’époque, apprenant la nouvelle, avec sa petite cravate rouge de fonctionnaire provincial. Et plus tragique encore, c’est la prolifération, aujourd’hui, de galeries de peinture autour de Ground Zero. Installations nulles d’ « art contemporain », panneaux monochromes ou vêtements pendus à des tringles, censés évoquer le traumatisme de la destruction. C’est consternant  de bêtise, de laideur et de conformisme. Pauvre Amérique, empêtrée dans ses guerres, avec, en plus, ses républicains fous. Tristesse, aussi, de voir l’excellent Philip Roth dans un mauvais film de télé, transformé en radoteur de la mort, avec, comme témoins, deux femmes âgées et très laides, dont l’hypernévrosée Mia Farrow.  La musique douloureuse (on pouvait le craindre) est de Gustav Mahler. Roth écrit debout, il est visiblement gêné d’être enregistré par un type qui se fout de la littérature. Pourra-t-il encore composer plutôt que de se suicider ? On l’espère pour lui. Il rit d’un drôle de rire. C’est un ami.

Mallettes

On est content pour Villepin de sa relaxe dans l’affaire Clearstream, mais, tout à coup, des mallettes pleines de billets de banque, en provenance d’Afrique, encombrent les médias. Des millions et des millions de dollars sortent de l’ombre pour y revenir aussitôt, tout en arrivant, depuis longtemps, au plus haut niveau de l’État. La France est-elle une république bananière ? Ces bananes pèsent lourd, surtout, comme s’en plaint, paraît-il, un des protagonistes, lorsqu’elles sont en billets de petites coupures. C’est long à compter, on n’en finit pas. Ce drainage d’argent a sa grandeur barbare. Ballet de mallettes, musique politique. On s’en doutait, mais on n’imaginait pas un aussi prodigieux opéra. Le principal porteur de mallettes a d’ailleurs été décoré récemment de la Légion d’honneur par le président lui-même. Une mallette à Légion d’honneur ? Je vais proposer ce chef-d’œuvre à une galerie d’avant-garde.

Sélection

Voici ma sélection personnelle des livres de la rentrée. Le plus émouvant et délectable : Ô Solitude (1), de Catherine Millot, plongée dans le vertige de l’amour transformé en sérénité extatique. Le plus branché magnétique : Vie électrique (2), de Jean-Philippe Rossignol, un étrange jeune homme, très cultivé, mène une vie aventureuse qui périme d’emblée tous les lourds et vieux romans naturalistes de l’automne. Une nuit à Reikjavik (3), de Brina Svit, excellent roman, vif et rapide, d’un auteur qui reste à découvrir, histoire d’une femme qui propose à un jeune danseur de tango argentin de la rejoindre, pour 5.000 euros, dans un hôtel islandais pour une nuit d’amour. Échec prévisible et très drôle, style percutant et grinçant. On ouvre ce livre, on ne le lâche plus, et il est scandaleux que presque personne n’en parle.

La surprise : trente ans après sa mort, Lacan, en deux publications dues au travail acharné de Jacques-Alain Miller, entre dans les best-sellers et enflamme la presse. Vous vous procurez vite Vie de Lacan (4), du même Jacques-Alain Miller, gendre de Lacan et maître d’œuvre de ses écrits et de ses séminaires, témoin le plus fiable et le plus inspiré du diable de la psychanalyse, toujours aussi dérangeant. Miller, jusque-là discret, entre par la grande porte de la littérature. Vérifiez.

Enfin un livre en tout point subversif, et prophétique, le journal de l’année 2001, de Marcelin Pleynet, Nouvelle Liberté de pensée (5). Voilà quelqu’un qui s’intéresse sans arrêt à la poésie, à la métaphysique, à la peinture, à Venise, à la musique, ce qui le rend étrangement lucide sur le bruit et la fureur de l’histoire actuelle. Exemple, à la date du 15 septembre 2001 : « Chacun découvre avec terreur et fascination que la paix ne saurait être désormais, dans l’ordre de la mondialisation, qu’une guerre permanente. »


(1) Éditions Gallimard. Collection L’Infini.
(2) Éditions Gallimard. L’Infini.
(3) Éditions Gallimard.
(4) Éditions Navarin.
(5) Éditions Marciana.

Philippe Sollers
Mon journal du mois
Le Journal du Dimanche
n°3471, dimanche 25 septembre 2011

 

12 septembre 2011

Claude Simon jouit de tout

Classé sous Non classé — sollers @ 12:2

Les écrivains doivent-ils craindre leur biographie posthume ? La plupart, sans doute, mais pas celui qui a fait de sa vie une écriture permanente, continuée malgré tous les obstacles sociaux. Une bonne biographie ? En voici une, passionnante, fouillée, précise, qui démontre la force de la littérature pour la compréhension de l’Histoire. Les historiens peuvent raconter l’Histoire, un romancier, lui, la vit.

Claude Simon (1913-2005), prix Nobel français de littérature en 1985, est un cas singulier. Il naît à Madagascar; son père, militaire, est tué en 1914, et sa mère meurt quand il a 12 ans, en 1925. Il n’aime pas son prénom, Claude, qui a été celui d’un frère, mort en bas âge, avant sa naissance. Premier traumatisme, donc, qui n’est pas sans rappeler, à l’envers, l’enfance de son vieil adversaire, Sartre, « enfant du miracle ». Claude Simon est l’enfant du désastre. Il en sera un jour le cavalier, sur la route des Flandres, en 1939, en pleine déroute de l’armée française. Le voici à cheval, témoin halluciné, pendant que son régiment se disloque. « Tirer sur quoi ? Des blindés ? Des avions qui arrivent sur vous à trois cents à l’heure ? » Jugement définitif sur la catastrophe française de la Seconde Guerre mondiale : « Dans la réalité, cette guerre peut se résumer en trois mots: meurtrière, bouffonne, scandaleuse. »

Vous commencez avec « Voyage au bout de la nuit », de Céline, vous continuez avec « la Route des Flandres ». Au passage, un autre témoin de ce XXe siècle infernal vous prévient, Joyce : « LʼHistoire est un cauchemar dont j’essaie de m’éveiller. » Claude Simon, les yeux ouverts, lui répond que lʼHistoire est une absurdité dont il tente de s’évader.

Et, en effet, il s’évade : de ses origines familiales, d’abord, et de leur couleur de mort. Voici l’agonie de sa mère dévote : « Tragique visage au bec de rapace, aspect à la fois guignolesque et macabre de marionnette. » La Mort, grand personnage de tous ses livres, jusqu’au dernier, « le Tramway ». Il est à l’hôpital, il retrouve sur le visage d’un voisin de lit, un vieil homme à l’agonie, le « bec » de sa mère mourante: « Comme si la maladie, ou l’approche de la mort, devait toujours avoir pour moi cet aspect d’oiseau de proie (vautour, rapace), un aspect caricatural de polichinelle. »

Deuxième évasion : passage par le collège Stanislas, à Paris, où il ne faut pas croire que l’enseignement était nul (beaucoup d’écrivains français contemporains seraient bien meilleurs s’ils l’avaient suivi). Exemples des lectures imposées au jeune Simon : Homère, Platon, Sophocle, Virgile («les Géorgiques»), Cicéron, Lucrèce, Montaigne, Racine, Corneille, La Fontaine, Bossuet, Buffon, Voltaire, Rousseau, Chateaubriand… Claude Simon, sous ses airs de romancier expérimental, est très cultivé, beaucoup plus qu’un Robbe-Grillet, par exemple, ou d’autres écrivains du Nouveau Roman (dont il faut aussi s’évader). Sa mémoire fonctionne comme une grande réserve mythologique, et il s’obstinera à préciser sa généalogie qui comporte un général révolutionnaire d’Empire. Il a un rêve bref d’action directe, lors de la guerre d’Espagne: le voilà, dans la Barcelone anarchiste, en train de faire du trafic d’armes pour le compte des républicains espagnols. Là encore, vous pouvez lire l’un des plus beaux livres de Claude Simon, « le Palace », en vous souvenant du chef-d’oeuvre de Georges Bataille, « le Bleu du ciel ». On plaint sincèrement les jeunes écrivains français, privés d’Histoire (la guerre d’Algérie, Mai-68), qui sont obligés d’imaginer celle qu’ils n’ont pas connue.

Troisième évasion, celle de son stalag de prisonnier en Allemagne. En 1990, on lui demande ce qu’il pense du bonheur : « J’ai été très souvent heureux (ce qui signifie que j’ai aussi été très malheureux, l’un ne va pas sans l’autre) dans ma vie, et de nombreuses façons, rapports affectifs et sexuels, lecture d’un bon livre (celle de Proust me plonge toujours dans un ravissement), contemplation de tableaux, d’architectures, écoute de musique, etc. L’énumération complète serait trop longue. Mais peut- être mes plus grands jours de bonheur ont été lorsque j’étais en train de m’évader, vivant en hors-la-loi… » Une autre fois, il dit que son rêve aurait été d’être peintre ou jockey. Mais enfin, la véritable évasion, celle de « la joie sensorielle », c’est de revenir à sa table de travail et d’écrire. « J’écris pour exister d’une façon un peu moins précaire, un peu moins vertigineuse. » Modestie de Claude Simon : pas de grandes déclarations, pas d’idéologie artificielle, une conscience d’ouvrier ou d’artisan. L’engagement de Sartre ? Un défaut de vision ou d’écoute. D’où cette citation de Pasternak, mise en valeur : « Personne ne fait l’Histoire, on ne la voit pas, pas plus qu’on ne voit l’herbe pousser... »

Alors, cette fameuse photo de 1959, les « Nouveaux Romanciers » devant les Éditions de Minuit ? Oui, oui, sans doute, mais elle ne révèle pas les tensions multiples entre les acteurs. Claude Simon et Jérôme Lindon ont des rapports fluctuants. Lindon admire sincèrement Simon (alors que Robbe-Grillet en est jaloux), mais l’auteur de « l’Acacia » ou du « Jardin des Plantes » se plaint souvent. Son éditeur refuse des travaux sur son oeuvre, il sabote la parution de ses livres. « Vous m’assurez de votre amitié. Ce mot n’a pas tout à fait la même signification pour chacun de nous. » « Vous m’avez dit cet été, au téléphone, qu’il était bien décevant que le Nouveau Roman n’ait finalement « débouché sur rien, sinon des acrobaties ». Mais outre qu’écrire est toujours (du moins pour moi) acrobatique, pourquoi vouloir à tout prix qu’un mouvement littéraire ou artistique « débouche » sur quelque chose ? » Et de citer l’impressionnisme, le cubisme. « On pourrait dire, comme pour le cubisme, que le Nouveau Roman ou l’attente de Godot « mènent à tout à condition d’en sortir ». Picasso n’aurait jamais peint « Guernica », s’il s’était contenté de refaire sans fin les mêmes tableaux de la période cubiste, pourtant admirable en soi. »

Claude Simon s’évade encore, et commence une intense activité de conférences internationales. Il est aux Etats-Unis, mais aussi en Inde, en Egypte, aux Canaries, etc.. Il a pour lui des Suédois influents : le prix Nobel tombe en 1985. Ce triomphe inattendu, aux antipodes de celui de Camus et de Sartre, est très mal accueilli en France, notamment dans « l’Express », qui se surpasse dans un article haineux de son obscurantiste de service, Angelo Rinaldi. Robbe-Grillet n’est pas content, d’autant plus qu’une « Pléiade » va suivre, chez Gallimard (je ne suis pas tout à fait pour rien dans cet épisode). Claude Simon, ou la liberté inflexible. En 1988, dans une conférence Nobel, à Paris, son discours a pour titre « Le rôle amoral de la culture ». Pas de phrases creuses « humanistes », il tient son pas gagné. « J’ai les sens perpétuellement éveillés, je jouis de tout, je sens tout. Je suis passif, en état de réception permanente. Je vis vraiment tout le temps. La lumière, les émotions, cet instant où vous me parlez, s’enregistrent, se fixent dans une gelée, cette réserve où s’accumulent les souvenirs. »


Mireille Calle-Gruber, Claude Simon. Une vie à écrire. Éditions du Seuil, 464 p., 25 euros.

 Philippe Sollers
Le Nouvel Observateur
n°2444, 8 septembre 2011.

 

 

 

 

11 septembre 2011

Et la littérature dans tout ça ?

Classé sous Non classé — sollers @ 11:2

Nafissatou

Aucun doute : crédible ou pas, menteuse ou pas, la grande vedette de l’été, c’est elle. D’abord, on ne la voit pas, elle est protégée par l’étrange police new-yorkaise, on aperçoit une forme sous un drap blanc, mais des photos paraissent bientôt dans la presse. Elle vient d’un trou perdu en Guinée, et on se demande comment elle a fait pour devenir femme de chambre dans un grand hôtel de Manhattan. Là-dessus, rafale d’informations : c’est une mythomane chronique, une prostituée, une trafiquante de drogue. Les amis socialistes du futur président de la République française avaient donc raison de parler de piège, de complot, d’attentat politique. La preuve : le futur président, injustement accusé et violemment humilié, est remis en liberté, va dîner dans un restaurant italien où il mange des pâtes aux truffes. Plus tard, il va écouter, d’un air peu convaincu, un concert de musique classique où on joue du Schumann.

Soudain, renversement de situation : Nafissatou apparaît dans une interview chic, dans Newsweek, est filmée dans la rue, en pantalon et chemisier blanc, elle ressemble à Michelle Obama, on rêve. Mieux : elle est  interrogée par la chaîne de télévision ABC, elle mime la scène du viol supposé, se pétrit les seins, souffre en direct, pleure. Escalade : elle est en grand deuil, entourée de figurants noirs, elle raconte sa souffrance et celle de sa fille, elle écrase une larme. C’est parfait. Son énergique avocat annonce qu’il poursuivra DSK au civil s’il échappe au pénal. Donc : argent. Elle veut de l’argent depuis le début, c’est clair.

Tout finira, un jour ou l’autre, par de l’argent puisqu’il n’y a, paraît-il, que deux choses importantes en ce monde : le sexe et l’argent. Pour l’instant, on n’a toujours pas entendu la version du violeur présumé, mais ses avocats, contre le dossier médical, laissent entendre que le rapport a été “consenti”. Cerise sur le gâteau : la plainte de la jeune Tristane Banon, tardive, mais soutenue par sa mère, laquelle, ayant eu un rapport “consenti” avec DSK, le décrit comme brutal et “soudard”. Conclusion : ce feuilleton, haletant mais saturé, s’arrête par l’abandon de l’accusation. DSK, blanchi, rentre en France, et je lui propose aussitôt d’être son nègre pour ses mémoires d’enfer. Le titre pourrait être L’Afrique fantôme, ou Huis Clos, ou Voyage au bout de la douche, ou Les 120 Nuits du Sofitel. Je vois d’ici le film bouleversant tiré de ce livre, et futur concurrent de celui tourné autour de Nafissatou, laquelle, j’espère, prépare déjà son album.

Bourse  

Vous êtes comme moi, perdus dans le Yo-Yo des marchés financiers, en train de vous demander si vous ne perdez pas votre triple A dans la déroute des banques. Christine Lagarde, remplaçante de DSK au Fonds de manipulation international, ne vous rassure qu’à moitié. Vous rêvez d’ordinateurs en folie, les chiffres crépitent, vous redoutez le krach, vous ne comprenez pas grand-chose à la bataille de chiffonniers entre républicains et démocrates américains à propos du plafond de la dette, mais vous voyez monter à l’horizon une nouvelle étoile républicaine, une femme de santé et de force, à qui Dieu, figurez-vous, donne lui-même des conseils. Allez-vous, pour autant, vous rallier, en France, à une politique d’ « union nationale » ? Vous attendez, avec scepticisme, les effets de l’austérité. Vous constatez d’ailleurs qu’Angela Merkel embrasse Sarkozy, malgré son étourdissante victoire en Libye, d’une façon de plus en plus distraite.

Cercueils

Les socialistes vous parlent de survie, leur approche de la sexualité n’est pas claire, alors que le vrai pouvoir symbolique est la maîtrise de la mort. La guerre de Libye a été plus longue que prévue, et très coûteuse. N’empêche, c’est une avancée décisive pour la démocratie, dont BHL est à la fois le ministre et le prophète. En revanche, l’Afghanistan – et ses morts français dont on vous répète sans arrêt « qu’ils ne sont pas morts pour rien » – vous paraît de plus en plus bizarre. Sous la pluie, dans la cour des Invalides, Sarkozy a géré la mort avec détermination : des cercueils sous drapeau, des épinglages de décorations sur des coussins, la sonnerie aux morts, les familles, un curé sobre, la France éternelle, quoi : sabre, goupillon, trois couleurs. Si vous n’êtes pas émus par ce genre de cérémonie, allez-vous faire pendre ailleurs.


Indignés

Quel plus beau spectacle que celui du dalaï-lama et de Stéphane Hessel, hilares, ayant découvert le bonheur ? Quelle plus étonnante démonstration de puissance que ces deux millions de jeunes gens acclamant le vieux Benoît XVI, à Madrid, pour les JMJ ? Les très jeunes filles, surtout, sont enthousiastes, elles veulent déjà un mari, des enfants, la tranquillité, la sécurité. Elles ont l’air étonné de voir des «indignés » s’opposer au pape, notamment des malabars homosexuels s’embrassant à pleine bouche au passage du bon vieillard.

Dans le genre « indigné », il faut distinguer : il y a les indignés sublimes (ceux qui se font massacrer tous les jours en Syrie), les indignés classiques (ceux de la crise économique, en Espagne ou en Grèce), les indignés inquiétants (l’incendie de Londres), les indignés suicidaires (talibans), les indignés cinglés (le tueur d’Oslo), les indignés inattendus (Israël), les indignés hurleurs appelant à la mort de tel ou tel tyran (Libye, Egypte). Mes préférés sont les indignés cocasses (les antipapistes).

Mais n’oublions pas les futurs indignés de la rentrée littéraire, centaines de romans sacrifiés (pas forcément publiables), réseaux de la critique sociologique, pression du marché, vedettes immédiatement proclamées, par exemple le dernier gros pavé naturaliste et illisible américain, dont le rôle est d’écraser toutes les dentelles françaises. Les colonisés sont résignés, ils savent qu’ils doivent s’incliner devant les millions d’exemplaires vendus des stars internationales. La littérature dans tout ça ? Je ne vois pas.

Philippe Sollers
Mon journal du mois

Le Journal du Dimanche n° 3467,
dimanche 28 août 2011.

 

8 septembre 2011

Claude Simon écrit

Classé sous Non classé — sollers @ 13:2

jeudi 8 septembre 2011
Du jour au lendemain
France Culture

00h00 à 00h35

Alain Veinstein reçoit Mireille Calle-Gruber,
auteur de Claude Simon. Une vie à écrire (Seuil).

 

Claude Simon écrit Mireille%20Calle-Gruber

    

 

 

 

 

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