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2 février 2013

La Nuit rêvée de … Julia Kristeva

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France Culture : 3 février 2013.
de minuit à 6h30.

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17 juin 2012

Comment, vous n’êtes pas connecté ?

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Normalitude

François Hollande était normal, soit, mais en quelques jours, avec une rapidité foudroyante, il est passé de normal à normal supérieur. Les forces de l’Esprit ont fondu sur lui comme sur un cardinal devenant pape. La République aussi a ses mystères, surtout la Troisième, qui, à travers ce faux mou, vient de se réinstaller chez elle, après bien des péripéties. Pas besoin de Quatrième, de Cinquième, voire de Sixième. La Troisième est l’état normal de l’Hexagone normal dans un monde de plus en plus anormal. Tout le monde s’est trompé : c’est un vrai dur, Hollande, il peut tenir bon sous une pluie battante, supporter sans ciller la foudre sur son avion, embrasser Angela Merkel comme la charcutière du coin, épater Obama, séduire le G8 et l’Otan, enlever sa cravate, remettre sa cravate, boutonner impeccablement son veston.

La normalitude vient de loin, des heures et des heures de patience, de rages rentrées, de louvoiements, de compromis sans lâcher la corde. Jules Ferry, Jules Grévy, Marie Curie, ombres tutélaires, voyez l’ascension de ce petit homme vif, spirituel, sec sous son enveloppe trompeuse : c’est la France. Et la France enfin paritaire, avec des prénoms de femmes qui font rêver, Najat (irradiante), Marisol (prometteuse), Fleur (énigmatique), Aurélie (combattante). Le mariage gay, l’adoption d’enfants par des couples du même sexe ? Normal. Le perchoir de l’Assemblée nationale à Ségolène Royal ? Normal. La Justice incarnée par la souriante Taubira ? Normal. La sobriété, la baisse des rémunérations du Président et des ministres ? Normal. L’école placée au premier plan de la République des professeurs ?

Normal, normal, normal. Ah, bien sûr, je vois des insatisfaits de toujours, ennemis de la République, qui trouvent que tout cela manque de romantisme. Mais il est important de vérifier à quel point la fonction peut créer l’organe. Qui aurait cru que la France s’appellerait un jour Hollande, un nom qui résonne comme la normalité absolue ? Dans les tempêtes qui s’annoncent, l’autorité du normal peut s’avérer décisive sur une planète folle. Comme le dit Laozi, ce Corrézien chinois méconnu : « Qui connaît la norme constante est éclairé, qui l’ignore est aveuglé. L’aveuglement attire le malheur. Connaître la norme constante, c’est tout accueillir ; qui tout accueille est universel. »

Cri

On a du mal à croire à la crise, quand on voit le prix atteint par un tableau du peintre norvégien Edvard Munch : Le Cri. Chez Sotheby’s, à New York, au milieu des smokings et des robes longues, ce cri effrayant et célèbre est devenu l’oeuvre d’art la plus chère jamais adjugée aux enchères : 90 millions d’euros. En une soirée, Sotheby’s a raflé 200 millions d’euros, montant le plus élevé atteint par l’entreprise dans cette catégorie. Les acheteurs restent anonymes, mais les milliardaires russes ou arabes du Golfe sont soupçonnés. L’émir du Qatar aurait déboursé 200 millions d’euros pour Les Joueurs de cartes de Cézanne, mais rien n’est sûr. Vous me direz que Le Cri de Munch (tableau au demeurant détestable) devrait maintenant s’appeler Épouvante d’un Grec. Ah, c’est sûr, Munch n’est pas Fragonard ! Mais son prix, dans les circonstances actuelles, est normal.

Crise

Normal pourrait être un bon titre de roman fantastique. J’y pense. Le narrateur pourrait s’appeler Descartes, René Descartes. Il observerait avec intérêt l’entrée en Bourse, plutôt ratée, de Facebook, 901 millions d’internautes dans le monde (qui en compte déjà, mais ce n’est qu’un début, 2,3milliards). Ce Mark Zuckerberg, 28 ans aujourd’hui, 19 ans lors de son coup de poker génial, a l’air tout à fait normal. Il garde son look d’étudiant prolongé à capuche, et, comme le dit le New York Times, « la capuche, c’est exactement le contraire de la cravate Hermès… Ça veut dire “ je suis trop occupé à faire des choses vraiment très importantes pour le reste du monde pour me préoccuper de mon apparence.” » L’ambition de Facebook ?  » Connecter le monde entier. » C’est en bonne voie, mais il reste beaucoup à faire, notamment en Chine. D’un trombinoscope en ligne, Facebook est devenu l’identité numérique de près d’un milliard de personnes, portrait évolutif de l’activité sociale de ses utilisateurs. Comment, vous n’êtes pas connecté ? Et vous prétendez exister ?

Cinéma

Vous ne bloguez pas, vous ne tweetez pas, vous n’envoyez pas de textos, vous êtes insensible aux merveilles des ordinateurs et des iPad, vous n’existez pas, mais le pire blasphème, c’est que vous n’allez même pas au cinéma. Vous plaignez sincèrement les somnambules du Festival de Cannes. Vous ne lisez pas sur tablette, vous êtes un drogué du papier, et la preuve, c’est que vous restez enfantinement en extase devant des mots imprimés. Ceux-ci, par exemple, de Jules Verne1, dans Vingt Mille Lieues sous les mers, qui vient d’être réédité en Pléiade. « Je vois encore la pose du capitaine Nemo. Replié sur lui-même, il attendait avec un admirable sang-froid le formidable squale, et lorsque celui-ci se précipita sur lui, le capitaine, se jetant de côté avec une prestesse prodigieuse, évita le choc et lui enfonça son poignard dans le ventre. Mais tout n’était pas dit. Un combat terrible s’engagea. »

Non, non, pas de film, des mots, et encore des mots, plus puissants que les images : « Le requin avait rugi, pour ainsi dire. Le sang sortait à flots de ses blessures. La mer se teignit de rouge, et, à travers ce liquide opaque, je ne vis plus rien. Plus rien, jusqu’au moment où, dans une éclaircie, j’aperçus l’audacieux capitaine, cramponné à l’une des nageoires de l’animal, luttant corps à corps avec le monstre, labourant de coups de poignard le ventre de son ennemi, sans pouvoir toutefois porter le coup définitif, c’est-à-dire l’atteindre en plein cœur. Le squale, se débattant, agitait la masse des eaux avec furie, et leur remous menaçait de me renverser. » Voilà l’arrivée inattendue du capitaine Nemo et de sa mer rouge sur la Croisette. Inutile de dire qu’il obtient tout de suite le Requin d’or.

1-Jules Verne, Voyages extraordinaires. La Pléiade, Gallimard, 2012.

Philippe Sollers
Mon journal du mois
Le Journal du Dimanche n°3411, du dimanche 27 mai 2012.

 

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22 mai 2012

Amours

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fichier pdf Julia Kristeva – Dominique Rolin

Paris Match n°2653, 30 mars 2000.

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Kristeva Sollers Rolin

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15 mai 2012

Silence, Amour et Musique

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« Les Marais », son premier roman paru en 1942, lui vaut une lettre de Max Jacob commençant par « Maître profondément admiré et vénéré » car il la prenait pour un jeune garçon, et Jean Cocteau lui dédicace « Les Enfants terribles » : « À Dominique Rolin qui dort debout.»

Si le terme de « maître » continue à la faire rire aux éclats (elle rit beaucoup), elle croit vraiment avoir dormi sa vie en utilisant l’écriture comme moyen de transport. Elle a fait de sa mémoire un double qui ne la quitte jamais et rend contemporains ses plus lointains souvenirs.  Le tandem est resté solide grâce aux mots, corps vivants mobiles tour à tour généreux, agressifs ou radins. Elle ne peut se passer d’eux qui lui assurent un système de survie mentale presque organique.

On a parlé du contenu « charnel » de sa littérature, ce dont elle a horreur. Si elle est douée de cinq sens comme n’importe qui, elle s’est arrangée pour en faire un rêve éveillé permanent qui ne cesse de la porter en avant d’elle-même depuis l’adolescence, lors de ses premiers contacts de méfiance irritée avec la famille d’abord, les autres ensuite. Ses yeux, double plume trempée dans l’acide, sont ses premiers outils d’investigation, durs ou tendres quand il faut, incessamment entretenus dans un bain d’angoisse. Elle ne s’aime pas. « Cruauté bien ordonnée commence par soi-même », dit-elle avec un humour dont la nécessité lui paraît fondamentale en matière de création. L’angoisse lui servant de balancier, elle est parfaitement équilibrée, donc heureuse.

À partir du jour où ses romans se sont construits à la première personne, elle a découvert la richesse des voyages verticaux au fond de soi, l’exploration de régions psychiques souvent muettes, aveugles parce que censurées. Grâce au « je » de ses narrations, elle espère être rejointe et comprise par ses semblables. C’est du côté de ces profondeurs-là que la réalité et la fiction s’accordent, s’écoutent et peuvent s’adorer. Elle rêve beaucoup et, dès le réveil, note ses mésaventures nocturnes, panneaux d’écriture préfabriqués dont elle se sert ensuite.

Elle obtient le moelleux de la vie quotidienne moyennant une discipline de fer. Elle a besoin de silence, d’amour, de musique et d’ordre. Elle voit le moins de monde possible. Ses meilleures amitiés se vivent souvent à distance. Elle aime son intérieur, petit et soigné, devenu la projection de sa propre intériorité. Les miroirs y sont nombreux, bien qu’elle évite de s’y regarder puisqu’elle déteste son image: ils ne sont là que pour creuser l’espace. Le moindre meuble, le plus modeste objet ont leur place calculée au millimètre près : non seulement ils collaborent à la recherche d’un certain nombre d’or d’imagination mais la protègent de la folie.

Elle se couche tôt, se lève tôt, préserve ses matinées pour le vrai travail, réduit le périmètre de ses déplacements. Faire ses courses dans son quartier lui suffit: la rue est une fête. Étudier la physionomie des gens est sa passion : bien qu’anonymes, ils excitent sa curiosité, l’attendrissement, l’antipathie. Les monstres l’intéressent au point qu’elle se retient de les suivre. Elle a envie de caresser tous les chiens qu’elle croise. Regagner son cinquième étage est aussi une fête. Elle ne s’ennuie jamais et pense que la vie est un cadeau divin dont il faut saisir le bon et rejeter le mauvais, façon louable et facile de se préférer. D’où son ressentiment à l’égard des suicidés, lesquels sont des assassins.

Elle aime s’habiller et se parer de bijoux, ce qui atténue ses complexes et l’aide à contrôler le peu de temps qui lui reste à vivre. Elle ne relit jamais ses livres qu’elle oublie totalement. Elle ne reçoit personne. Ni théâtre ni cinéma. Quelques instants de télévision avant de s’endormir, avec une préférence pour les émissions débiles. L’étude de la débilité est une puissante source d’inspiration.

Dominique Rolin ne se fie ni à son intelligence qu’elle juge moyenne, ni à sa culture fort limitée. Elle obéit aux jeux de son instinct et de ses intuitions. Ne redoutant pas la perspective de sa propre mort, elle continue à se sentir au début d’elle-même. « Quand je serai grande », se dit-elle parfois. Elle aimerait avoir produit ne fût-ce qu’un seul roman incontestable.

le «Dictionnaire des écrivains contemporains de langue française» dirigé par Jérôme Garcin. éd.Françoise Bourin,1988.

Le Nouvel Observateur.

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Dominique Rolin

 

France Culture
16.05.2012 – Du jour au lendemain

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29 janvier 2012

Mozart est grand

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Vous venez de revoir, à la télévision, le célèbre film de Forman, « Amadeus », et vous êtes à nouveau sous le choc de la mort dramatique du génial compositeur. A-t-il été assassiné ? Ce n’est pas exclu, l’affaire reste très obscure. Mais ce n’est pas un seul film qui peut suffire à cerner le mystère de Mozart. Il en faudrait vingt, trente, cinquante, et c’est pourquoi sa « Correspondance complète » est indispensable. Gloire, donc, aux Editions Flammarion de l’avoir rééditée en un seul volume (au lieu des sept précédents). Comme vous entrez dans la crise, il vous faut du sûr, du solide. Inutile de vous disperser; le vrai roman passionnant est là.

C’est un monument extraordinaire de 1900 pages, qui permet de corriger les clichés et les idées reçues, notamment romantiques. Le père de Mozart, d’abord, Leopold. Quel type fabuleux, quelle activité inlassable comme imprésario de son fils prodige! Ce Wolfgang est un trésor envoyé par Dieu, et on tremble pour sa santé à travers les voyages. À 9 ans, à La Haye, « il est dans un état si misérable qu’il n’a plus que la peau sur les os ». À Munich, « il n’a pu mettre un pied par terre ni remuer le moindre orteil ni les genoux, personne ne pouvait le toucher et il a passé quatre nuits sans dormir ». Va-t-il pouvoir jouer au clavier et attirer la curiosité et l’admiration unanimes ?

On meurt beaucoup, en ce temps-là, la variole décime les enfants. Mais Leopold veille, s’occupe de tout, accumule des notes d’une précision étonnante. C’est un musicien, un violoniste expérimenté, et surtout un organisateur de premier ordre. Le divin « Wofgangerl » stupéfie l’Europe, il joue sans arrêt et n’en finit pas de composer. À 12 ans, il a déjà un catalogue de plusieurs pages, sonates, symphonies, trios, messes, petit opéra. Bien entendu, cette irruption d’enfance inspirée déclenche des jalousies et des cabales multiples. On accuse le père de prostituer son fils. Toute la vie de Mozart sera une guerre incessante.

Le voici en Italie, il a 14 ans, et c’est l’éblouissement. Il écrit beaucoup à Nannerl, sa sœur aînée, sa « petite sœur chérie ». Décidément, ce garçon est étrange. Voyez cette lettre de Vérone, en 1770 : « Quand on parle du diable, on en voit la queue. Je vais bien, Dieu merci, et brûle d’impatience de recevoir une réponse. Je baise la main de maman, envoie à ma sœur un baiser grassouillet, et demeure le même… mais qui ? Le même guignol, Wolfgang en Allemagne, Amadeo De Mozartini en Italie .» Ou de Rome : « Je suis en bonne santé, Dieu soit loué, et baise la main de maman comme le visage de ma sœur, le nez, la bouche, le cou, ma mauvaise plume, et le cul s’il est propre. »

On a beaucoup glosé sur les fantaisies scatologiques de Mozart avec sa « petite cousine », sa « très chère petite cousine lapine », qu’il appelle, d’une façon clairement incestueuse (elle a le même prénom, Maria-Anna, que sa mère et sa sœur), « ma très chère nièce, cousine, fille, mère, sœur, épouse ». Il faut croire que les corps de cette époque, très peu XIXe siècle, étaient moins embarrassés par la crudité organique : « Je te chie sur le nez, et ça te coule jusqu’au menton. » Mozart est fou, il écrit n’importe quoi, il s’en fout, il invente l’écriture automatique. C’est un surréaliste débridé, dont on peut augurer qu’il ne respectera rien ni personne. Musique ! Musique ! La communication suivra !
Le petit Mozart, à 6 ans, avait épaté Versailles. Le revoici à Paris, à 22 ans, mais il trouve les Français très changés, devenus grossiers, et incapables de sentir la musique. « Je suis entouré de bêtes et d’animaux. » « Donnez-moi le meilleur piano d’Europe, mais comme public un auditoire de gens ne comprenant rien, ne voulant rien comprendre, ou qui ne ressentent pas avec moi ce que je joue, et je perds toute joie

À partir de 1780, le grand Mozart commence. Voici ce qu’il dit de son opéra « Idoménée » : « J’ai la tête et les mains si pleines du troisième acte qu’il ne serait pas impossible que je me transforme moi-même en troisième acte. » Sa vie est un opéra fabuleux. Il se libère de Salzbourg et de Leopold, devient le premier musicien libre, établi à son compte. Il se marie avec Constanze Weber, « deux petits yeux noirs et une belle taille ».

Contrairement à la légende romantique, il est très heureux avec sa femme qu’il appelle « Stanzi Marini ». Et c’est le succès des « Noces de Figaro », surtout à Prague : « On ne parle que de « Figaro », on ne joue, ne sonne, ne chante, ne siffle que « Figaro ». » Même succès, dans la même ville avec « Don Giovanni », en 1787, l’année de la mort de Leopold (sa mère, elle, est morte à Paris, en 1778, et ses restes doivent se trouver quelque part du côté de l’église Saint-Eustache). Autre film à faire: la rencontre, à Prague, pour la première représentation de « Don Giovanni », de Da Ponte (le librettiste), Mozart et Casanova, venu en voisin de son petit château d’exil en Bohême. Ce trio d’enfer fait rêver, d’autant plus que Casanova a mis la main au fameux « Air du catalogue ». Aucun doute, la révolution est là.

Les Viennois ne sont pas d’accord, la bonne société le boude. Plus Mozart travaille, moins il gagne d’argent. Ici apparaît un personnage étonnant, Puchberg, frère de loge du franc-maçon Mozart. Il a de l’argent, lui, il fait commerce de soieries, rubans, mouchoirs, gants. Mozart n’arrête pas de lui demander des prêts de façon urgente. Pourquoi à ce point ? Pour régler des dettes de jeu ? C’est probable. Ces lettres sont des appels au secours.

Mozart est malade, sa femme est malade, il se dit « écrasé de tourmente et de soucis ». « Je n’ai pu, de douleur, fermer l’œil de la nuit. » Le brave Puchberg envoie de l’argent, la somme empruntée par Mozart en quatre ans est astronomique. On se demande, dans ces conditions, comment il a pu composer ce chef-d’œuvre de lumière qu’est « Cosi fan tutte ». «  Venez à 10 heures demain chez moi pour la répétition », écrit Mozart à Puchberg, il n’y aura que Haydn et vous. Autre film à faire: l’admiration réciproque et l’amitié entre Joseph Haydn et Mozart.

L’histoire du « Requiem », bien sûr, dont il ne parle jamais, mais surtout « la Flûte enchantée », un grand succès populaire, le 30 septembre 1791 (simultanément « la Clémence de Titus » triomphe à Prague). Deux mois avant sa mort, Mozart va très bien, et il est impossible de ne pas être ému en le voyant manger de si bon appétit, boire un café « en fumant une merveilleuse pipe de tabac ». Il aime plus que jamais sa « trésorette », à qui il écrit : « Très chère petite femme de mon cœur ! » Tout indique qu’elle aime et comprend sa musique. Il lui écrit encore: « Dieu te bénisse, Stanzerl, coquine, petit pétard, nez pointu, charmante petite bagatelle.» Et aussi : « Je me réjouis comme un enfant de te retrouver, si les gens pouvaient voir dans mon coeur, je devrais presque avoir honte.»
« Je peux faire un opéra par an », écrivait Mozart à son père. Et ceci à propos des « cabales » : « Ma maxime est que ce qui ne m’atteint pas ne vaut pas la peine que j’en parle. Je n’y peux rien, je suis ainsi. J’ai honte au plus haut point de me défendre lorsque je suis accusé à tort je pense toujours que la vérité finira par éclater au grand jour. »

Mozart est ce grand jour.

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Philippe Sollers

 

Wolfgang Amadeus Mozart, Correspondance complète. Éditée par Geneviève Geffray, Flammarion, 2200 p., 99 euros.
Philippe Sollers
Le Nouvel Observateur n°2463,  19 janvier 2012.

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5 octobre 2011

Julia Kristeva

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Collection «   EMPREINTES  »
FRANCE 5
Vendredi 7 octobre 2011 à 21h30
Julia Kristeva : Histoire d’amour et de passerelles.

 

Julia Kristeva et Ph.Sollers

 

 

4 octobre 2011

Culs

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Rien n’est aussi autonome, par rapport aux autres parties du corps, que les fesses, le cul : une seule femme vous les révèle, elle vous montre son indépendance.

Une femme a vraiment deux corps antagonistes. L’horreur des libertins de Sade pour le « devant » féminin exprime cette division.
Une fois contrôlé le principe de reproduction (récemment, donc), le cul féminin devient exploration en lui-même. Nouveau monde, les yeux ouverts.

Tout libertin sait qu’enculer une femme, c’est aller droit à sa pensée impossible. À sa dissimulation, à sa trahison, à sa liberté, à sa cruauté. À Sa gratuité.
Les putains : enfin libres pour leur amant, elles lui donnent la bouche, les fesses, le cul. Aux clients : les seins et le sexe. On les pompe s’ils insistent, les clients, on ne les embrasse pas.

Le grand baiser velouté est comme une pénétration en cul, la vérité passionnelle.
Chut !
Rien à voir avec la saillie, mais la saillie est nécessaire aussi.

Claude Alexandre, cul

 Devant la glace, découvrant le point. Tête détournée, elle regarde l’étrangère qu’elle est pour elle-même. Effroi, curiosité, enfin dans le tableau, complète.
Elle rougit.
Les seins sont une dépendance du sexe, ils le suggèrent, le visage y participe.
En revanche, le cul est une tâche aveugle.
C’est là que se tapissent la voix, le regard.
La pupille, l’intention noire.

Chute de reins, lac de montagne des fesses, vallée, fente.
La pensée de fond.
Une femme dont on n’aime pas le point : mauvais signe. Aucune entente possible, pas d’accord intellectuel.

Millions de corps avec leur secret, pensant tout le contraire de ce qui se dit, se répète, s’avoue. Niant la représentation, en ayant horreur. Envers rarement conscient, mais partout agissant dans la ruse.
« Mon con se mouille en la trahissant »  fait dire Sade à Juliette. Il aurait pu aussi bien préciser : mes fesses se serrent, je sens que je vais être excitée plus tard.

Une femme vous plaît : tout de suite la bouche et la main au point. Le reste s’ensuit, on gagne du temps.
« Derrière d’abord ! » (Céline)

Bataille disait : le petit.
Tout se joue sur une pointe d’épingle.
Ceux qui sont fascinés par les fesses, les rotondités (qui les prennent pour d’autres seins), qui oublient d’aller au point, qui s’arrêtent à la simulation de l’idole, qui ne la font pas parler.

Plus elle est raffinée, intelligente : plus vous pouvez être sûr qu’elle est là.
Elle m’écrit : « J’attends ce beau matin, vif et sale. »

J’arrivai chez elle. Elle m’attendait comme ça, au balcon. L’idée : il n’y a  ni dedans ni dehors, le cul est d’un autre espace , il ouvre et il ferme en même temps, c’est l’ailleurs absolu.
Regardez le chat – ou la chatte – qui passe : flash génial.

Penchée à sa fenêtre, quartier bourgeois, fesses découvertes, abolition de la ville. Supposez qu’elle s’adresse à quelqu’un en bas.
Les bas, justement, le fer forgé, la plante verte, les arbres, en face.
Son silence est d’autant plus fort ici.
Nulle part.

Ou, alors béton, banlieue, n’importe où, dans n’importe quel pays, quelle nationalité, quelle langue, vraiment peu importe.
Misère partout, sauf dans ce cul royal découvert.
Le mot balcon est parfait.
«  Les cocus au balcon ! »
Même la plus abrutie devant son poste de télévision ira voir.

Les étoffes sont faites pour ce lieu, on les juge d’après lui, coton, satin, soie.
Les fesses d’autant plus en soie que les jambes en sont gainées, pour la forme.
Petit roman : les mauvaises pensées d’une femme assise.
Pendant qu’elles s’ennuient : déjeuner, dîner. Qu’elles pensent à leur amant au dehors. Qu’elles se resserrent très près et très loin, sous la table.
Les dessous de table.
Celles qui ont su, autrefois, aller communier. Agenouillée au retour, sentent le regard sur leurs fesses.
Le bon cul est toujours catholique, expérience de voyageur.

Temple de dieu jaloux.
On ne l’amadoue pas comme ça : il y faut toute la ruse de Rome.

Ces fesses tomberont, elles se plisseront.
Ces culs seront ceux de vieilles et butées sorcières.
Elles enfourcheront leurs balais, la nuit.
Pour l’instant, c’est la gloire, l’ostensoir.
« Dites à la vermine Qui vous mangera de baisers… »

Dans chaque femme, donc, deux femmes.
L’une parfaitement présentable, bien élevée, cultivée, bien prise devant.
L’autre, pleine de choses horribles, d’obscénités inouïes, avec son laboratoire d’insultes et d’injures, ses trouvailles d’obscénités.
Elles ne se rencontrent jamais, c’est pourtant la même.

Avares, mesquines, sordides, avides, maniaques, possessives !
Tous les vices !
En même temps innocences, bien sûr.
Comme un beau cul.

Main sur la cambrure, cigarette allumée, bout de cendres.
Braise dan la nuit.
C’est compris ?
Pas de fumée sans feu, on brûle.
Plus haut, en récompense de morsure, la nuque, les cheveux.
On ne peut pas photographier le point, il est hors spectacle.
C’est le moment où on appuie sur le déclencheur.
Il est dans l’appareil, il est l’appareil lui-même.Tout le spectaculaire dans un cul.
Critique de la raison impure.

Une charmante lesbienne me montre les photos qu’elle a faites d’un « grand penseur ».
Il ne se doute de rien, elle l’a eu.
Il croît visiblement que c’est de lui qu’il s’agit.
Mon œil.
On aurait pu la photographier, elle, pendant qu’elle photographiait.
Elle aurait laissée voir ses fesses à l’autre objectif.
J’ai connu un écrivain qui photographiait sa femme sous toutes les coutures.
Elle n’y voyait pas d’inconvénient.
Et pour cause : pas de mise au point.
La comédie peut durer indéfiniment, sans problème.

Personne ne s’est occupé du Cul de Marilyn Monroe.
C’est dommage.
On l’a transformé en sein permanent.
C’est de cela qu’elle est morte, de rien d’autre.
J’aurais pu la sauver, elle serait devenue philosophe.
Comme le nez de Cléopâtre, la face du monde eût été changée.

Je conçois le désir homosexuel mâle, je ne l’approuve pas.
Il consiste à s’assurer que le cul est bouché par la bite.
Ce n’est pas la vraie arrière-pensée de la scène primitive.
Il est très délicat de jouir dans l’ouvert.
Très délicat, très interdit, de spasmer à fond dans le manque.
Splendides putains, comme on se comprend.

 

Claude Alexandre, cul

 

 

 

Philippe Sollers, 1986.
Claude Alexandre, Corps sacré. Éditions Édite, 2009.

 


22 décembre 2010

Transparence

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D.G. : À l’ère de la transparence, les gens ne savent plus lire.

Ph.S. : À l’ère de la transparence, plus personne ne saura lire… Voilà la très mauvaise nouvelle. Ce sont désormais les choses les plus claires, les plus nettes, les plus faciles à lire qui ne sont pas lues. Voltaire par exemple, c’est épatant. Comme vous le savez, Nietzsche rend hommage à Voltaire en disant que c’est l’homme le plus intelligent qui ait vécu avant lui. Il lui dédie Humain trop humain. Mais Voltaire n’est pas à la mode. C’est clair et c’est pour ça que personne ne semble pouvoir le lire. Et Poésies d’Isidore Ducasse, c’est extrêmement clair. Il y a quatre personnes par génération pour pouvoir le lire : « Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes. » C’es t très clair. « L’homme ne doit pas inventer le malheur dans ses livres. » C’est une chose très simple. Si tout à coup vous dites des choses claires, simples, ça n’intéresse pas. Alors il y a des moments où vous pouvez saisir sur le vif la déraison ambiante, vous dites des choses claires, nettes, basiques, et vous voyez que ça choque la déraison ambiante, le délire ambiant. Il n’y a pas pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre. Et encore une fois, pourquoi la perception semble-t-elle confisquée au sujet par lui-même ? Autrement dit pourquoi se terrorise-t-il, pourquoi a-t-il peur, sans cesse ? On demande du maître, et il n’y en a pas, sinon des maîtres qui sont eux-mêmes des esclaves. La thèse que pose Nietzsche pour finir est la suivante : puisque la plèbe est en haut aussi bien qu’en bas, et ça va continuer de plus belle, il faut une aristocratie d’esprit. Mais en quoi la noblesse consiste-t-elle désormais ?

Philippe Sollers
Entretien avec Anaëlle Lebovits et Damien Guyonnet.
Le Diable probablement, n°2, mars 2007.

 

14 novembre 2010

Joie & fraîcheur

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Manifs

Tout le monde le sent : la vague populaire a moins à voir avec une réforme des retraites jugée injuste qu’avec un appel au secours. Le temps est coincé, le passé détruit, l’avenir sans forme. Je vois des visages de lycéens criant qu’ils voudraient vivre plutôt que survivre, ce qui n’est pas précisément un appel à la révolution. Il n’y a que la presse étrangère qui évoque le spectre de Mai 68, en s’étonnant, encore une fois, de ces étranges Français qui font grève, perturbent les transports, bloquent la distribution d’essence, tout cela pendant longtemps avec, malgré les casseurs, le soutien de l’opinion. Qu’est-ce qui leur prend ? Il va falloir les calmer, les anesthésier, leur demander d’attendre l’élection présidentielle, leur faire accentuer la lourde routine de la survie. Il y a eu un temps où la France s’ennuyait et, donc, voulait s’amuser. Cette fois, elle est déprimée, et en colère, sans issue contre la misère. 

Dieu 

Jamais un candidat à la présidence des Etats-Unis ne pourrait être élu sans croire en Dieu. Obama croit-il en Dieu ? Ce n’est pas sûr. La vague populiste réactionnaire qui monte contre lui (celle des « Tea Parties ») s’incarne dans de drôles de prophétesses. Billy Tucker, par exemple, une blonde de choc, qui, à quatre heures du matin, a entendu Dieu lui parler. Elle lui répond qu’elle n’est qu’une « maman ». Mais Dieu insiste, et elle se met à faire de la politique. Même histoire avec Katy Abram, qui, elle aussi, a des insomnies et entend Dieu lui chuchoter des choses. Les nombreux participants de cette comédie très sérieuse se mettent à scander « Dieu est de retour, Dieu est de retour ! ». Une autre illuminée locale, une des plus dangereuses, déclare devant les caméras : « Obama a abaissé les chrétiens et élevé l’islam. Il veut la mort de l’Amérique. » 

Une seule certitude : ce président est noir, et Dieu, par définition, est blanc. Le grand romancier américain Philip Roth (1) nous donne une explication : « Les gens n’ont plus cette « antenne » qui était consacrée à la littérature, elle a été remplacée par une antenne électronique. Ils sont face à des écrans, à des pages qu’ils regardent une par une. Ils ont perdu la faculté de se concentrer sur un livre. Les gens qui lisent vont devenir une secte très réduite. » Conclusion : quand plus personne ne lit, Dieu a tendance à parler de plus en plus fort. 

Sarkozy a bien capté ce message subliminal, d’où sa visite précipitée au pape, avec un programme dûment orchestré : signes de croix ostensibles, prière murmurée, écoute de conseils donnés par un cardinal français ; pas question, comme la dernière fois, de consulter des SMS devant Sa Sainteté. Patatras ! Benoît XVI lui offre gentiment, pour finir, un chapelet bénit, et que fait le Président? Il lui en demande un autre pour son petit-fils. Qu’à cela ne tienne, le Vatican en a des tonnes en réserve. Voilà, en tout cas, une anecdote qui me rassure : le Président, comme le premier Rom venu, croit en Dieu, et récite maintenant son chapelet pendant le Conseil des ministres. Dieu veille : il sera réélu. 

Chine 

Une qui ne s’est pas ennuyée dans la vie, tout en flottant sur ses tapis de milliards, c’est la très romanesque Liliane Bettancourt. Match lui demande quel est le chef d’Etat ou de gouvernement qui l’a le plus marquée. Elle répond aussitôt : « Mao ! Il m’aimait bien. Peut-être trop. Ça n’allait jamais bien loin mais c’était une merveilleuse blague. C’est énorme pour une femme ! Je l’ai vu souvent, là-bas, en Chine. » Le journaliste, épaté, lui pose alors une question idiote : « Racontez cela ! Est-il venu vous voir ? » Et Liliane : « Venir ici  A Neuilly ? Non ! Cela aurait été fou ! Raconter ? Je ne crois pas qu’il faille raconter. C’est du non-dit. De la mémoire. Et puis, vous savez, tous ces voyages… Je ne sais pas si j’étais vraiment satisfaite. Est-ce satisfaisant ? Peut-être un moment, mais si rapide. Peut-être un instant…» A-t-elle quand même eu la possibilité de parler de L’Oréal avec Mao ? Non, pas de mélange des genres. Mao l’a aimée pour elle-même, pas question qu’il devienne Maoréal ! 

Je peux révéler maintenant que, dans ma folle jeunesse  « maoïste », j’étais parfois chargé, à Pékin, d’introduire de riches et belles étrangères auprès de Mao, la nuit, dans le pavillon des Chrysanthèmes de la Cité interdite. Mao voulait varier ses plaisirs, et ne se contentait pas des dix ou douze jeunes Chinoises, triées sur le volet, qui venaient remplir sa piscine, le samedi soir, avant de passer sur son vaste lit pour des séances taoïstes d’immortalité (ce que le dalaï-lama n’a jamais pu supporter). 

Voyez la scène : Liliane, un foulard sur la tête, introduite auprès du monstre amoureux, pour un moment d’ivresse sans paroles, puisque, là, il n’y avait plus d’interprète et que Mao ne parlait pas un mot de français. Mao venant plus tard à Neuilly ? Des photos dans Match ? Allons donc! Nuits de Chine, nuits câlines… 

Ces Chinois exagèrent. « Ils n’en font qu’à leur tête », me dit l’excellent observateur Marcel Gauchet (2). La preuve : à la surprise générale, la Banque centrale chinoise relève, contre l’inflation, ses taux directeurs. Comme le dit un journaliste du Monde : « Cette annonce illustre une confiance insolente de la Chine en son économie. » Le prix Nobel de la paix à un Chinois contestataire ? Très bien. Mais je crains que ces Chinois ne demeurent « insolents ». Ah, les ombres de Mao et de Liliane dans les nuits de Pékin ! Je note que Liliane déclare par ailleurs ne rien avoir éprouvé pour François Mitterrand, ce qui est une indication érotique. 

Homère 

Je reçois la merveilleuse traduction de L’Iliade par Philippe Brunet (3) et me voici saisi par les dieux et les déesses grecs. Oh oui, du rythme, des surgissements, de la beauté enfin ! Vers quatre heures du matin, mais ne le dites à personne, je reçois ainsi la vérité d’Iris, messagère des dieux, notamment de Zeus « aux prunelles splendides ». Ecoutez ça : « Alors Iris bondit, messagère pieds-de-tempête, perçant le sombre flot. Un bruit retentit dans les ondes, tout semblable à un plomb, elle plongeait au fond de l’abîme. » Quelle joie ! Quelle fraîcheur ! 

1 – Philippe Roth, Indignation. Éd. Gallimard, 2010.
2 –Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, III : À l’épreuve des totalitarismes. Éd.Gallimard, 2010.
3 – Philippe Brunet. L’Iliade. Éd. Du Seuil, 2010. 


Philippe Sollers
Mon journal du mois
Le Journal du Dimanche n°3329, du dimanche 31 octobre 2010. 

18 janvier 2010

Barthes et Lanzmann

Classé sous Non classé — sollers @ 10:2

Semaine du 18 au 22 janvier 2010  
                           sur FRANCE CULTURE de 10h à 11h
Barthes et Lanzmann rb005.vignette Les nouveaux chemins de la connaissance
 par Raphaël Enthoven
 Roland Barthes


 

Mecredi 20 janvier 2010 sur ARTE à 20h35
Shoah
(France, 1985, 262mn)
Réalisateur : Claude Lanzmann

À l’occasion du 65e anniversaire de la libération d’Auschwitz, le 27 janvier 1945, ARTE rediffuse intégralement, en deux fois, l’oeuvre monumentale de Claude Lanzmann.

« L’action commence de nos jours à Chelmno-sur-Ner, en Pologne. À 80 kilomètres au nord-ouest de Lodz, au coeur d’une région autrefois à fort peuplement juif, Chelmno fut en Pologne le site de la première extermination de juifs par le gaz. Elle débuta le 7 décembre 1941. Quatre cent mille juifs y furent assassinés en deux périodes distinctes : décembre 1941-printemps 1943, juin 1944-janvier 1945.
Le mode d’administration de la mort demeurera jusqu’à la fin identique : les camions à gaz. Sur les quatre cent mille hommes, femmes et enfants qui parvinrent en ce lieu, on compte deux rescapés : Mikael Podchlebnik et Simon Srebnik. Celui-ci, survivant de la dernière période, avait alors 13 ans et demi : son père avait été abattu sous ses yeux, au ghetto de Lodz, sa mère asphyxiée dans les camions de Chelmno. Les SS l’enrôlèrent dans un des commandos de « juifs au travail » qui assuraient la maintenance des camps d’extermination et étaient eux-mêmes promis à la mort… »
(Extrait du texte d’introduction diffusé au début du film) 

La mémoire au présent 
Claude Lanzmann a retrouvé des rescapés juifs des camps d’extermination. Il a traqué les nazis qui se cachaient et réussi à les filmer clandestinement. Il est retourné sur les lieux, dans les villages limitrophes de Chelmno, Ponari, Treblinka, Sobibor, Auschwitz, pour interroger les témoins polonais.
Ni fiction – tous les protagonistes ont été en contact direct avec les camps -, ni documentaire – il ne s’agit pas d’une compilation de souvenirs -, Shoah est avant tout un film de la mémoire (Claude Lanzmann parle, lui, d’ immémorial ) qui abolit la distance entre le passé et le présent. Sans recourir aux documents d’archives – il n’y a pas un cadavre dans cette oeuvre pétrie de mort – ni aux  « images chocs », Shoah ( « anéantissement », « destruction », en hébreu) démonte les rouages de la  « solution finale ».
« Nous avons lu, après la guerre, quantité de témoignages sur les ghettos, sur les camps d’extermination ; nous étions bouleversés, écrivait Simone de Beauvoir en 1985. Mais, en voyant aujourd’hui l’extraordinaire film de Claude Lanzmann, nous nous apercevons que nous n’avons rien vu. Malgré toutes nos connaissances, l’affreuse expérience restait à distance de nous. Pour la première fois, nous la vivons dans notre tête, notre coeur, notre chair. (…) Jamais je n’aurais imaginé une pareille alliance de l’horreur et de la beauté. »

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