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15 janvier 2014

Le jeune Flaubert !

Classé sous Non classé — sollers @ 20:2

Ernest Pinard, procureur impérial sous Napoléon III, est un magistrat français pas assez célèbre. Il a fait condamner  Les Fleurs du mal de Baudelaire et a failli réussir, malgré une plaidoirie habile de l’avocat du prévenu, à pénaliser Madame Bovary. Baudelaire était une sorte de pervers drogué sans domicile fixe, amant et exploiteur d’une femme de couleur. Flaubert, lui, était membre d’une famille honorable, ce qui a permis, malgré des attendus sévères, son acquittement. Il n’empêche : son roman était et demeure profondément immoral.

La lointaine descendante du procureur, Ernestine Pinard, jeune magistrate socialiste et fervente féministe, a repris ces dossiers sulfureux. Aucun doute, Baudelaire doit être condamné à nouveau, ses poèmes sont une atteinte continuelle à la dignité de la femme, et ses fiévreuses lesbiennes n’ont pas l’intention de se marier. Tout respire ici la dépravation et l’usage de stupéfiants divers. Le cas de Flaubert, lui, doit être réexaminé. On sait mieux, de nos jours, que ce fils de médecin bourgeois, demeuré obstinément célibataire, était habité par des pulsions malsaines. La preuve : il lit très jeune le marquis de Sade, qu’il appelle « le Vieux ». Contrairement à ce qu’a dit Sartre, il n’est pas du tout « l’idiot de la famille » (expression reprise, de façon inconsidérée, par Pierre Bourdieu à propos du peintre surfait Manet), mais bel et bien son fleuron, son aboutissement logique. Flaubert, Manet sont des bourgeois aux mœurs très douteuses, des favorisés de l’époque, bien loin de mériter le respect universitaire dont ils jouissent aujourd’hui, tandis que leur esprit démocratique laisse à désirer. Baudelaire, par exemple, aimait lire ce contre-révolutionnaire abject : Joseph de Maistre. Quant à Flaubert, sa haine de la Commune de Paris soulève le cœur.  Son Voyage en Orient est rempli d’épisodes dégoûtants, notamment ses rapports de colonialiste esthète avec une danseuse prostituée du nom de Kuchuk-Hanem. Permettez-moi de citer une lettre de l’auteur à l’un de ses amis : « Je l’ai sucée avec rage ; son corps était en sueur, elle était fatiguée d’avoir dansé, elle avait froid… En contemplant dormir cette belle créature qui ronflait la tête appuyée sur mon bras, je pensais à mes nuits au bordel à Paris, à un tas de vieux souvenirs… Quant aux coups, ils ont été bons. Le troisième, surtout, a été féroce, et le dernier, sentimental. Nous nous sommes dit là beaucoup de choses tendres, nous nous serrâmes vers la fin d’une façon  triste et amoureuse. »

 C’est le même homme, mesdames et messieurs, qui a écrit Madame Bovary, cette pseudo-défense de la femme adultère, je dirais plutôt de l’Homme normal et absurde, les droits de l’Hommais. Mon prédécesseur dans l’accusation a courageusement fait ce qu’il a pu, en soulignant maints passages ridicules aux yeux d’une lectrice libre d’aujourd’hui. Exemple, avec un certain Rodolphe : «Ils se regardaient, un désir suprême faisait frissonner leurs lèvres sèches, et mollement, sans efforts, leurs doigts se confondirent. » Mieux : « Elle renversa son cou blanc, qui se gonflait d’un soupir ; et défaillante, toute en pleurs, avec un long frémissement et se cachant la figure, elle s’abandonna. » Mieux encore (cette fois, c’est avec un certain Léon) : « Elle avait des paroles qui l’enflammaient avec des baisers qui lui emportaient l’âme. Où donc avait-elle appris ces caresses presque immatérielles, à force d’être profondes et dissimulées ? » Encore mieux : « Elle se déshabillait brutalement, arrachant le lacet mince de son corset qui sifflait autour de ses hanches comme une couleuvre qui glisse. Elle allait sur la pointe de ses pieds nus regarder encore une fois si la porte était fermée, puis elle faisait d’un seul geste tomber ensemble tous ses vêtements ; et pâle, sans parler, sérieuse, elle s’abattait contre sa poitrine, avec un long frisson. »

Voilà donc ce qu’on nous présente, dans les écoles françaises, comme un chef-d’œuvre littéraire, au lieu de consacrer un temps précieux à l’évocation héroïque des poilus de 1914 ! Un tel relâchement est odieux. Une pétition, heureusement très minoritaire, réclame l’entrée de Flaubert au Panthéon. Il ne manquerait plus que ça ! On prétend que Flaubert, comme Baudelaire, est aujourd’hui admiré dans le monde entier. J’en doute. Aucune femme civilisée ne se comporte plus comme Mme Bovary, et, Dieu merci, le cinéma nous prouve chaque jour l’épanouissement de la sexualité hétérosexuelle et gay. Il est possible que ce genre de romantisme attardé ait encore lieu au Qatar, en Iran ou en Arabie saoudite, mais en France, c’est impossible. Ce roman, complètement dépassé, devrait donc disparaître du commerce et des bibliothèques. Il ne peut que déstabiliser des adolescentes ou des adolescents attardés.

M. Flaubert est insinuant, obsédé, toxique et, au fond, très sadique, comme le montrent les incessantes scènes de cruauté qui émaillent son long et fastidieux roman  Salammbô . Un grand film hollywoodien en péplum, avec massacres, soit, c’est du cinéma. Mais un écrivain solitaire, en province, qui se complaît, avec des mots, à décrire des épisodes atroces (sacrifices d’enfants brûlés vifs en hommage au dieu Moloch, supplice affreux du guerrier Mâtho), ne doit nous inspirer aucune considération. Les images passent, les mots restent, et peuvent produire des contaminations plus graves. D’ailleurs, La Tentation de saint Antoine, livre halluciné que Flaubert a poursuivi toute sa vie, dévoile une passion sourdement religieuse. Disons-le calmement : Baudelaire, Flaubert (et d’autres), sont les produits d’une éducation catholique noire et réactionnaire. Sur ce point précis, ils doivent être lourdement sanctionnés. La morale sociale doit l’emporter sur les prestiges faisandés de la littérature, ses fanfaronnades et ses rodomontades. On continue, ces temps-ci, à nous faire l’apologie d’un écrivain bourgeois et élitiste, même pas vraiment de souche, comme Marcel Proust, lequel admirait, paraît-il, Baudelaire et Flaubert. Toute son œuvre, quoi qu’on en dise, à cause de son portrait ridicule et sinistre du baron de Charlus, est pourtant foncièrement anti-gay.

 

Gustave Flaubert, Œuvres complètes, tomes II et III,  sous la direction de Claudine Gothot-Mersch, la Pléiade, Gallimard, 2013.

Philippe Sollers
Le Nouvel observateur n°2560, 28 novembre 2013.

 

 

 

 

 

 

6 mai 2012

Bonne chance

Classé sous Non classé — sollers @ 12:2

Marine

On ne l’attendait pas à ce niveau, mais c’est fait, et tout le monde en parle. Le Président candidat sentait une vague forte monter vers lui, mais voilà, elle n’était pas bleu clair, mais massivement bleu marine. Le rouge Mélenchon se flattait d’avoir ressuscité l’idéal communiste et de terrasser la blonde agitée : hélas, hélas, Stalingrad n’a pas tenu, et une bonne partie du peuple français s’est déportée sur la droite. Hollande est en tête, soit, et même virtuellement élu, il s’abîme de plus en plus la voix dans les meetings, mais restons prudents, le second tour s’annonce sanglant, simpliste, vociférant, et des milliers de drapeaux bleu-blanc-rouge vont tourbillonner dans les têtes. Le Président propose trois débats à son challenger socialiste, on regrette de ne pas voir ça tous les soirs, dans le genre interminable primaire au sommet. Bref, la participation a été intense, l’Histoire est en marche, Robespierre a été remplacé au pied levé par Jeanne d’Arc, le Président déclare la patrie en danger, veut transformer le 1er Mai en fête du « vrai travail » national, peut-être s’est-il mis à prier le soir, pendant que le candidat de gauche compte sur la sagesse immémoriale de la Corrèze. Et Bayrou ? me dites-vous. Bayrou ? Comme d’habitude, avec une belle obstination paysanne, il attend son heure. Ce serait l’heure de la raison centrale, celle qui ne vient jamais. Les élections ne sont pas raisonnables. Cela dit, les dernières déclarations du Président à propos de la littérature m’ont consterné. Après avoir taclé La Princesse de Clèves et Fabrice del Dongo dans La Chartreuse de Parme, il dit maintenant que le livre qui lui tombe des mains est Les Liaisons dangereuses, de Laclos. Une France forte sans Stendhal et Laclos ? Quelle erreur…

Légitime défense                           

Étrange pays, la France, qui n’en finit pas de stupéfier ses voisins par sa démocratie éruptive et brouillonne. Pour l’instant, la palme démocratique revient quand même à la Norvège qui écoute sans broncher les explications de son tueur forcené. En se livrant à son massacre, dit-il, il se trouvait en état de « légitime défense » contre l’immigration massive et l’islamisation de l’Occident. Il délire, mais veut être considéré comme pleinement rationnel (la prison, donc, pas l’asile psychiatrique). La légitime défense est un beau concept. Supposons que je me retrouve dans un train bondé, envahi par des mères débordées et des enfants qui hurlent. À un moment, ce bruit me rend fou, je sors ma kalachnikov, je tire sur tout ce qui crie, et je plaide ensuite la légitime défense par rapport à l’agression auditive dont j’étais l’objet. Serais-je compris ? J’en doute.

Stupidité

Voici un petit livre décapant qu’il faut vous procurer sans délai : Les Lois fondamentales de la stupidité humaine (1). Ne cherchez pas à connaître l’auteur, un certain Carlo M. Cipolla, mort, paraît-il, en 2000, dont l’éditeur nous cache peut-être la véritable identité. Voici la première loi, d’une évidence troublante : « Chacun sous-estime toujours inévitablement le nombre d’individus stupides existant dans le monde.» Attention, l’individu stupide n’est pas l’imbécile, ce serait trop simple. Ce qui le rend particulièrement dangereux, c’est qu’il peut paraître rationnel et intelligent. « Jour après jour, avec une monotonie imparable, chacun est harcelé par des individus stupides qui surgissent à l’improviste, dans les lieux les plus malcommodes et aux moments les plus improbables.» L’auteur ne craint pas d’affirmer scientifiquement que la stupidité est un fait de nature et non de culture : « Que l’on évolue dans les cercles les plus distingués ou que l’on se réfugie parmi les chasseurs de têtes de Polynésie, que l’on s’enferme dans un monastère ou que l’on décide de passer le reste de sa vie en compagnie de femmes belles et lascives, on rencontre toujours le même pourcentage d’individus stupides, pourcentage qui dépassera toujours vos attentes. »  Ne pas confondre avec la bêtise (ce pas en avant aurait enchanté Flaubert) : « Est stupide celui qui entraîne une perte pour un autre individu ou pour un groupe d’individus, tout en n’en tirant lui-même aucun bénéfice et en s’infligeant éventuellement des pertes.» Et voici le plus inquiétant, comme on peut, une fois de plus, le vérifier ces temps-ci : « Les partis politiques et la bureaucratie se sont substitués aux classes et aux castes, et la démocratie s’est substituée à la religion. Dans un système démocratique, les élections générales sont un instrument tout à fait efficace pour garantir le maintien d’une fraction importante d’individus stupides parmi les puissants. Un pourcentage très élevé des électeurs est composé d’individus stupides et les élections leur offrent à tous à la fois une occasion formidable de nuire à tous les autres sans rien y gagner. » Vérifiez.

Chinois

Les Chinois sont déjà un peu partout dans la région de Bordeaux, comme cette charmante actrice populaire, Zhao Wei, qui vient d’acheter un petit domaine du côté de Saint-Émilion. Ces Chinois me suivent à la trace, puisque je les retrouve dans l’île de Ré, en face de chez moi, en train d’étudier les marais salants et l’obtention de la fleur de sel. Le vin, le sel… il ne leur reste plus qu’à me traduire intégralement et à susciter une prolifération de commentaires. Je n’aurais jamais cru possible une telle situation, lors du voyage que j’ai organisé en Chine, en 1974, au nom de la revue Tel Quel. Sur ce voyage, qui a fait couler beaucoup d’encre, on lira la réédition du Voyage en Chine, de Marcelin Pleynet (2), excellent journal, moins dupe que n’a voulu le croire Simon Leys (trop fixé sur Barthes) et plein de notations élégantes et sensibles sur les paysages et les corps chinois. Pleynet est avant tout un poète, ce qui fait que ses notes traversent le temps en toute liberté. Dans ce livre, quelques photos en couleur de l’époque, émouvantes. Pour rendre leur visite aux Chinois, rien de mieux que les Écrits de Maître Wen (3) (ou Livre de la pénétration du mystère), un vieux classique à pratiquer chaque jour : « Pour peu que les viscères se placent sous la dépendance du cœur et lui restent soumis, la résolution triomphe, la conduite sera ferme, l’entendement florissant, les humeurs concertées, en sorte que l’on voit tout, entend tout et réussit en tout. Le souci ne trouvera nulle part à s’introduire ni les miasmes par où attaquer. » Bonne chance, et vive la crise !

 

1. Carlo M. Cipolla, Les Lois fondamentales de la stupidité humaine. Éditions PUF, 2012, 72 p., 7 euros.
2. Marcelin Pleynet, Voyage en Chine, Éditions Marciana, 2012.
3. Maître Wen, Écrits. Éditions Les Belles Lettres, 2012. Traduction et notes de Jean Levi, 555 p., 39,60 euros.

Philippe Sollers
Mon journal du mois
Le Journal du Dimanche n° 3211, dimanche 29 avril 2012.

 

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3 avril 2011

 » Écrire pour rentrer chez moi « 

Classé sous Non classé — sollers @ 12:2

Japon

Comment parler d’un torrent d’images, toutes plus catastrophiques les unes que les autres ? Tremblement de terre, tsunami géant, centrale nucléaire abîmée, malheur, morts, peur, ouragan de boue, radioactivité, Fukushima rimant brusquement avec Hiroshima, milliers de disparus, l’enfer. Je laisse la parole à Paul Claudel en 1923 : « Le Japon est, plus qu’aucune autre partie de la planète, un pays de danger et d’alerte continuelle, toujours exposé à quelque catastrophe: raz de marée, cyclone, éruption, tremblement de terre, incendie, inondation. Son sol n’a aucune solidité. Il est fait de molles alluvions le long d’un empilement précaire de matériaux disjoints, pierres et sable, lave et cendres, que maintiennent les racines tenaces d’une végétation semi-tropicale… L’homme d’ici est comme le fils d’une mère très respectée, mais malheureusement épileptique… C’est une chose d’une horreur sans nom que de voir autour de soi la grande terre bouger comme emplie tout à coup d’une vie monstrueuse et autonome… Un choc, encore un autre choc, terrible, puis l’immobilité revient peu à peu, mais la terre ne cesse de frémir sourdement, avec de nouvelles crises qui reviennent toutes les heures. »  Était-il nécessaire dans ces conditions d’installer des réacteurs nucléaires au bord de l’eau ? Tout de suite, polémique mondiale sur le nucléaire. Êtes-vous pour ? Contre ? Tout le monde parle en même temps, sauf les réfugiés et les corps qui ont tout perdu. Qu’est devenue cette jeune femme agitant un drap blanc à la fenêtre de sa chambre, au dernier étage d’un immeuble cerné par l’eau ? On ne sait pas.

Libye

Fallait-il intervenir en Libye contre le fou meurtrier Kadhafi ? Sans doute, mais plus tôt aurait été mieux, afin d’éviter un enlisement probable. Vous êtes maintenant priés d’admirer les merveilles de la technique, nouvelles armes, perfectionnements en tout genre, obscurité, frappes, Dieu reconnaîtra les siens. Y a-t-il des guerres justes ? Sûrement, à moins de suivre le cynique et infréquentable Céline : « En vrai, un continent sans guerre s’ennuie… Sitôt les clairons, c’est la fête !… grandes vacances totales ! et du sang ! de ces voyages à n’en plus finir !…» Ou bien : « Massacres par myriades : toutes les guerres, depuis le Déluge, ont eu pour musique l’optimisme… Tous les assassins voient l’avenir en rose, ça fait partie du métier. » Et dans Voyage au bout de la nuit : « La poésie héroïque possède sans résistance ceux qui ne vont pas à la guerre, et mieux encore ceux que la guerre est en train d’enrichir énormément. » Si je suis personnellement pour le « printemps arabe » ?  Mais bien sûr ! À fond ! À bas Ben Ali, Moubarak, Bouteflika, Mohammed VI ! Vive les insurgés du Yémen et de Bahreïn ! Il paraît qu’assassiner Kadhafi serait mal vu des chefs d’État en exercice. Et alors ? Ce serait quand même plus simple, et moins cher.

Gallimard

Les éditions Gallimard fêtent leur centenaire, c’est-à-dire leur insolente jeunesse. Depuis mon petit bureau de la revue trimestrielle L’Infini (le numéro 114 vient de paraître), j’observe ce lieu, unique au monde, où des grands écrivains morts sont plus vivants que jamais. Avec un peu d’imagination, on les rencontre ici tous les jours. Ce matin, par exemple, Gide est concentré, Claudel furieux, Malraux et Aragon agités, Sartre grognon, Camus soucieux, Paulhan évasif, mais Queneau rit de son rire chevalin célèbre. Majestueux, Gaston passe en dandy jardinier. Valéry virevolte, Cioran s’amuse, Bataille essaie de se débarrasser de Blanchot, Artaud murmure des exorcismes, Genet vient chercher de l’argent liquide. Le duc de Saint-Simon est très surpris de ses huit volumes en Pléiade impeccablement présentés, et d’être, en même temps que Retz ou Sévigné, considéré comme un « écrivain français ». Sade apprécie ses élégantes gravures pornographiques du XVIIIe siècle, Voltaire sourit en caressant les treize volumes de sa correspondance. Montaigne, Pascal, Bossuet, Molière, La Fontaine, Diderot, Rousseau, Chateaubriand, Balzac, Stendhal, Baudelaire, Flaubert, Lautréamont, Rimbaud, Mallarmé, Proust, Breton, Céline, passent en coupe de vent dans les arbres. Peu importe qu’ils se détestent ou s’ignorent les uns les autres, ils volent, c’est l’essentiel. Avec la nuit, la Banque centrale de la Littérature, paquebot romanesque géant, largue ses amarres et flotte à travers les siècles, sur des heures liquides. À son poste de commandement amiral, Antoine, l’heureux propriétaire des lieux, a d’ailleurs, sur sa cheminée, une maquette de bateau à voiles.

Kafka

La situation politique française me laisse assez froid. Le gros steak de DSK, avec salade préparée par sa femme, a un peu disparu dans la tornade de l’Histoire. Une finale DSK-Sarkozy a déjà l’air d’un vieux film. Non, non, une vraie finale féminine Martine-Marine, voilà ce qu’il nous faut pour électriser visiblement le pays ! En attendant, je vous propose de relire les Lettres à Max Brod, de l’immortel Franz Kafka (*). Ainsi, le 30 juin 1922 : « La chambre que j’avais jusqu’à présent était très jolie, avec deux fenêtres et une belle vue, et elle avait, dans son agencement très pauvre mais qui ne faisait pas hôtel, quelque chose que l’on peut appeler une “sobriété sacrée”.» Kafka, un mois après, explique pourquoi il ne veut pas voyager : « Je me dis que je serai tenu à l’écart de ma table de travail durant quelques jours. Et cette réflexion ridicule est en vérité la seule qui soit fondée, car l’existence de l’écrivain est vraiment dépendante de sa table de travail. S’il veut échapper à la folie, il n’a pas droit de s’éloigner de son bureau, et il doit s’y accrocher avec les dents. Définition de l’écrivain, d’un tel écrivain, et explication de son effet, s’il y a effet : Il est le bouc émissaire de l’humanité, il permet aux hommes de jouir d’un péché sans être en faute, presque sans être en faute. » Et puis : « En réalité, je suis parti de chez moi, et il me faut toujours écrire pour rentrer chez moi, même si ma maison a peut-être disparu dans l’éternité. Écrire n’est rien d’autre que le drapeau de Robinson sur le plus haut sommet de l’île.»

1- Franz Kafka, Lettres à Max Brod. Éditions Rivages poche/Petite Bibliothèque n°708.


Philippe Sollers
Mon journal du mois
Le journal du dimanche n° 3350, dimanche 27 mars 2011.

 

27 mars 2011

« Les Liaisons heureuses »

Classé sous Non classé — sollers @ 12:2

Nous sommes en avril 1794 à Paris, dans la prison de Picpus, en pleine Terreur. Un prisonnier révolutionnaire s’attend à être exécuté en même temps que Danton. Il a très mauvaise réputation, il a publié, douze ans auparavant, un roman scandaleux, il a beaucoup comploté dans l’entourage du duc d’Orléans, on vient de lui couper les cheveux, et il les envoie à sa femme avec une lettre délicate et tendre. Son nom ? Choderlos de Laclos, l’auteur des « Liaisons dangereuses », un des grands classiques de la littérature française. Voici sa lettre, qu’il faudrait faire réciter, chaque année, dans toutes les écoles : « Il m’a paru juste qu ‘ayant les premiers cheveux de tes enfants tu eusses les derniers de leur père. C’est un petit monument de tendresse que je te prie de conserver. Je t’aime et je t’embrasse du meilleur de mon cœur.»

 

Dans les couloirs de la prison, il croise un autre suspect qui, comme lui, échappera, on ne sait trop comment, à la guillotine. Celui-là s’appelle Sade. Inutile de dire qu’il a, lui aussi, très mauvaise réputation. Il commence sa longue vie en détention. Laclos, lui, sera fait général d’artillerie par Bonaparte à cause de sa découverte du boulet creux, et mourra en 1803, pendant la campagne d’Italie, à Tarente. Il a 62 ans, et il en avait 40 lors de la publication de sa bombe : succès immédiat, ravages nombreux, effroi des familles, cauchemar des confesseurs, interdictions en cascade, fantasmes ininterrompus, cinéma, théâtre. On rouvre ce roman par lettres, on le reçoit en pleine figure, sa puissance d’énergie, qu’admirait Stendhal, crépite devant vos yeux.

 

Comment cet homme, bon fils, bon père, excellent époux, a-t-il pu être l’auteur d’un livre aussi sulfureux ? Baudelaire, à la fin de sa vie, envisage une préface aux « Liaisons ». On a conservé ses notes. « La Révolution, dit-il, a été faite par des voluptueux. » Faut-il comprendre qu’elle a été punie (et continue de l’être) par des puritains ? Tout l’indique, et il est d’autant plus étrange qu’on connaisse un projet de Laclos, non réalisé, qui se serait appelé « les Liaisons heureuses », chargé de démontrer qu’il n’y a de vrai bonheur qu’en famille. Connaissance du Mal, connaissance du Bien. Pas de connaissance du Mal ? Pas de vrai Bien.

 

L’auteur des « Fleurs du mal » ne s’y trompe pas. « Ce livre, s’il brûle, ne peut brûler qu’à la manière de la glace. » Et puis « Est-ce que la morale s’est relevée ? Non, c’est que l’énergie du mal a baissé. La niaiserie a pris la place de l’esprit George Sand, inférieure à Sade. » Vieille histoire que celle du conflit incessant entre morale et littérature. Le condamné Baudelaire sait de quoi il parle, comme l’accusé Flaubert. Il va même jusqu’à écrire que « tous les livres sont immoraux ». Et ce blasphème : « Ici, comme dans la vie, la palme de la perversité reste à la femme. »

 

Madame Bovary, c’est bien, madame de Merteuil, c’est mieux. Laclos a toujours soutenu avoir connu son modèle diabolique, devenue une vieille dame charmante qui offrait des noix confites au petit Stendhal. Il est en tout cas très clair sur deux choses essentielles la liberté de la presse et la littérature au-dessus des lois. Dans les « Liaisons », le duel par lettres entre sa marquise et Valmont brille à chaque page. La Merteuil est une féministe individuelle radicale, comme on n’en a jamais vu à l’époque ou depuis. Elle est née, dit-elle, pour venger son sexe et maîtriser l’autre. Elle décrit son long apprentissage d’observation, de ruse, de prudence, sa volonté de savoir pour déjouer tous les pièges masculins. L’esprit contre la « niaiserie »? Cela même. Le monde est une comédie d’ignorance et d’hypocrisie « Mes principes sont le fruit de mes profondes réflexions, je les ai créés, et je peux dire que je suis mon ouvrage. » Valmont, englué dans son siège sentimental de la présidente de Tourvel (qui finira par le perdre), reconnaît sa supériorité « En vérité, plus je vais, plus je suis tenté de croire qu’il n’y a que vous et moi dans le monde qui valions quelque chose. » Il se permet quand même (erreur) de lui donner des conseils « Méfiez-vous des idées plaisantes ou bizarres qui vous viennent trop facilement. Songez que, dans la carrière que vous poursuivez, l’esprit ne suffit pas, qu’une seule imprudence devient un mal sans remède. » À quoi la marquise, après une de ses victoires, répond avec hauteur : « Écoutez, et ne me confondez pas avec les autres femmes. »

 

Les autres femmes ? Des débutantes sans principes, qui sont, tout au plus, des « machines à plaisir ». Ou alors, des prudes : « Votre prude (Tourvel) est dévote, et de cette dévotion qui condamne à une éternelle enfance. » Plus net : « Les prudes n’offrent que des demi-jouissances. Cet entier abandon de soi-même, ce délire de la volupté où le plaisir s’épure par son excès, ces biens de l’amour, ne sont pas connus d’elles. » Valmont faiblit, il cède peu à peu à un « charme inconnu » ? La marquise le rappelle à Tordre : « Croyez-moi, quand une femme s’est encroûtée à ce point, il faut l’abandonner à son sort; ce ne sera jamais qu’une espèce. » Les hommes, eux, sont vaniteux et grossiers, on en fait ce qu’on veut, on en use et on les abuse. Ce sont, en général, des « sots », des « automates », des « commissionnaires », des « manœuvres d’amour ». De temps en temps, la marquise, toujours dissimulée, s’offre une « gaieté ». Rien de moins romantique dans ce système nerveux à toute épreuve, où (merveilleuse formule) « le plaisir s’épure par son excès ». Et aussi : « L’amour est, comme la médecine, seulement l’art d’aider la Nature. »

 

Ces « roués » nous étonnent, on pourrait les dire pré-nietzschéens, même si Nietzsche, encore trop allemand, n’a certainement pas pensé à une « Surfemme ». Le savoir sexuel est français, ou, du moins, il l’aura été pendant une longue période. D’où ces personnages qui, malgré leur ruine, semblent immortels. Liberté et désinvolture. Ainsi, Valmont : « Le parti le plus difficile ou le plus gai est toujours celui que je prends; et je ne me refuse pas une bonne action, pourvu qu’elle m’exerce ou m’amuse. »

 

Le triste Sainte-Beuve, qui préférait les « Mémoires » de madame d’Epinay aux « Liaisons dangereuses », trouvait Laclos « d’une race exécrable, d’un orgueil infernal, qui salit l’amour ». En 1801, pendant la campagne d’Italie, Laclos offre un exemplaire de son livre à l’évêque de Pavie. Voici ce qu’il écrit à sa femme, la délicieuse Marie-Soulange : « Cet évêque dit à qui veut l’entendre que c’est un ouvrage très moral, et très bon à faire lire, particulièrement aux jeunes femmes. » Ah, l’Italie ! Voyons maintenant ce portrait de Laclos, « l’homme noir », par lui-même : « Tous les hommes d’intrigue, dans les conceptions dramatiques et dans le monde, sont dans un mouvement perpétuel; ils ont l’oreille fine, le pied léger, et au besoin la main adroite. Celui-ci voit tout sans s’agiter; a tout prévu avant la crise; et, dans la crise même, on voit plutôt ce qu’il a opéré, que la manière dont il a opéré. »    

 

Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses. Éditions Gallimard, La Pléiade, 2011. Édition établie par Catriona Seth.

Philippe Sollers
Le Nouvel Observateur n°2417, 3 mars 2011.

9 février 2011

Trésor central de la littérature

Classé sous Non classé — sollers @ 12:2

Les Éditions Gallimard sont ce lieu, unique au monde, où les grands écrivains morts sont plus vivants que jamais. Avec un peu d’imagination, on les rencontre ici tous les jours. Ce matin, par exemple, Gide est concentré, Claudel furieux, Malraux et Aragon agités, Sartre grognon, Camus soucieux, Paulhan évasif, mais Queneau rit de son rire chevalin célèbre. Majestueux, Gaston passe en dandy jardinier. Valéry virevolte, Cioran s’amuse, Bataille essaie de se débarrasser de Blanchot, Artaud murmure des exorcismes, Genet vient chercher de l’argent liquide. Le duc de Saint-Simon est très surpris de ses huit volumes en Pléiade impeccablement présentés, et d’être, en même temps que Retz ou Sévigné, considéré comme « un écrivain français  ». Sade apprécie ses élégantes gravures pornographiques du XVIIIe siècle, Voltaire sourit en caressant les treize volumes de sa Correspondance. Montaigne, Pascal, Bossuet, Molière, La Fontaine, Diderot, Rousseau, Chateaubriand, Balzac, Stendhal, Flaubert, Lautréamont, Rimbaud, Mallarmé, Proust, Breton, Céline passent en coup de vent dans les arbres. Peu importe qu’ils se détestent ou s’ignorent les uns les autres, ils volent, c’est l’essentiel.

 

Au bout du couloir, un petit bureau, qui n’a l’aire de rien, s’appelle « l’Infini ». C’est un observatoire-laboratoire discret où se poursuivent certaines expériences d’avenir (la revue  « l’Infini » vient de publier son 113e numéro). Là, les livres s’entassent en désordre, mais je sais où chacun se trouve. Cent ans, ce n’est pas bien long, puisque j’ai sur ma table les Grecs, les Latins, les Chinois, la Bible. Plein d’auteurs étrangers veillent aussi avec moi. Avec la nuit, la « banque centrale de la littérature », paquebot romanesque géant, largue ses amarres et flotte, à travers les siècles, sur des heures liquides. À son poste de commandement amiral, Antoine, l’heureux propriétaire des lieux, a d’ailleurs, sur sa cheminée, une maquette de bateau à voile.

 

Philippe Sollers
Le Nouvel Observateur n°2413, du 3 février 2011.

 

 

1 mai 2010

« J’écris toujours. Que faire d’autre ? »

Classé sous Non classé — sollers @ 10:2

La grande force et la ruse de Sartre,  c’est sa vitesse. Non pas celle d’un « agité du bocal », comme l’a dit cruellement, et en état de légitime défense, Céline, mais plutôt celle d’une boule d’énergie tournant à toute allure devant vous. Vous ouvrez « les Mots », et dès la première phrase c’est parti : « En Alsace, aux environs de 1850, un instituteur accablé d’enfants consentit à se faire épicier.»  La suite, on croit la connaître, à condition de la simplifier, d’essayer, en pure perte, de la consacrer ou de la nobéliser. Qui a été le plus lucide sur soi-même et ce vieux pays de notables petits-bourgeois qu’on appelle encore la France ? Personne. Qui a encore très mauvaise réputation aujourd’hui ? Personne. Extrême liberté de Sartre dans tous les sens, même contradictoires. Il manque donc singulièrement à ce pays aplati.

D’où l’importance de ce volume autobiographique où, en plus des « Mots », on retrouve les « Carnets de la drôle de guerre » et le projet abandonné d’un gros livre sur l’Italie (l’incroyable névrose de Sartre à Venise). Tout est vivant, rapide, en reconstruction permanente, l’encre n’a pas le temps de sécher, chapitre suivant, ça roule. Vous n’aimez pas Sartre ? Vous préférez des esprits plus « poétiques » ou plus lents ? Pourquoi pas, problème d’allure. Sartre tourne, il se met sans cesse en cause, on peut être en désaccord avec lui, aucune importance, il écrit sec et précis, pense contre lui-même, se mitraille de tous les côtés, se démonte et se remonte comme une vieille horloge, dévoile ce qu’il appelle son « imposture » enfantine puis littéraire. « Je me demande parfois si je ne joue pas à qui perd gagne et ne m’applique à piétiner mes espoirs d’autrefois pour que tout me soit rendu au centuple.» Gagné.

Une des grandes affaires des « Mots », peu analysée mais qui se révèle mieux avec le temps, est religieuse. Le petit Alsacien Sartre, « enfant du miracle » puisque son père est mort un an après sa naissance, est coincé entre un imposant grand-père protestant et une grand-mère et une mère catholiques. Les hommes protestants sont « naturalistes et puritains », les femmes n’en pensent pas moins. Voici Louise, la grand-mère : « Elle détesta son voyage de noces : il l’avait enlevée avant la fin du repas et jetée dans un train. À 70 ans, Louise parlait encore de la salade de poireaux qu’on leur avait servie dans un buffet de gare : « Il prenait tout le blanc et me laissait le vert. »»

Encore mieux : « Cette femme vive et malicieuse pensait droit et mal, parce que son mari pensait bien et de travers ; parce qu’il était menteur et crédule, elle doutait de tout. » Elle est donc incroyante, mais elle rend ses enfants croyants « par dégoût du protestantisme ». Le petit Sartre a été baptisé catholique et mettra longtemps, dit-il, à devenir athée. Son père disparu l’a engendré « au galop » avant de mourir. « Plutôt que le fils d’un mort, on m’a fait entendre que j’étais l’enfant du miracle. De là vient, sans doute, mon incroyable légèreté. Je ne suis pas un chef, ni n’aspire à le devenir. Commander, obéir, c’est tout un… De ma vie, je n’ai donné d’ordre sans rire, sans faire rire ; c’est que je ne suis pas rongé par le chancre du pouvoir : on ne m’a pas appris l’obéissance.» Dans les « Carnets », déjà : « Je hais le sérieux.» Et : « Il n’est pas possible de se saisir soi-même comme conscience sans penser que la vie est un jeu.»

Pas sérieux, Sartre ? Eh non, voilà la surprise. La comédie sociale n’aura pas d’observateur plus implacable, au point de déborder dans la comédie rageuse de l’« engagement ». Il se revisite enfant : « On m’adore, donc je suis adorable« Mon grand-père croit au Progrès, moi aussi ; le Progrès, ce long chemin ardu qui mène jusqu’à moi.» Bref, ce petit garçon qui va bientôt éprouver sa laideur comme une « chaux vive » est sage comme une image, adhère aux valeurs familiales, respecte et attend tout des livres, même s’il dérive souvent du côté des illustrés de son âge ou du cinéma : « Aujourd’hui encore, je lis plus volontiers les « Série noire » que Wittgenstein. » Voyez l’enfant Sartre fixé comme un papillon par Sartre :  « Vermine stupéfaite, sans foi, sans loi, sans raison ni fin, je m’évadais dans la comédie familiale, tournant, courant, volant d’imposture en imposture.» Procès stalinien : « J’étais un épanouissement fade en instance perpétuelle d’abolition.» En 1975, parlant des « Mots », Sartre a ce propos stupéfiant : « Je n’ai pas décrit les rapports sexuels et érotiques de ma vie. Je ne vois d’ailleurs pas de raison pour le faire, sinon dans une autre société où tout le monde jouerait cartes sur table.» Difficile d’imaginer une partie de cartes de cette nature, ou alors, peut-être, en enfer.

Dieu n’existe pas, c’est entendu, mais la religion s’est changée en littérature : « Je pensais me donner à la littérature, quand, en vérité, j’entrais dans les ordres.» Sur « cette longue, amère et douce folie », Sartre est éblouissant. Il sait qu’il n’est ni Baudelaire, ni Flaubert, ni Mallarmé, ni Genet, mais tant pis, la littérature est une maladie dont il se dit guéri, après avoir enfin « pincé le Saint-Esprit dans les caves » et l’en avoir expulsé. Les caves, mais lesquelles ? Celles de Gide et du Vatican ? N’importe, la littérature, c’est la mort. « Entre 9 et 10 ans, je devins tout à fait posthume.» Plus fort : « Je devins ma notice nécrologique.» Plus fort encore : « Rassemblé, resserré, touchant d’une main ma tombe et de l’autre mon berceau, je me sentais bref et splendide, un coup de foudre effacé par les ténèbres.»  Finalement : « J’ai désinvesti, mais je n’ai pas défroqué : j’écris toujours. Que faire d’autre ? »

Courage de Sartre : « Je devins traître et je le suis resté, j’ai beau me mettre entier dans ce que j’entreprends, me donner sans réserve au travail, à la colère, à l’amitié, dans un instant je me renierai, je le sais, je le veux, et je me trahis déjà, en pleine passion, par le pressentiment joyeux de ma trahison future.» Et lucidité d’avouer ceci : « Dogmatique, je doutais de tout, sauf d’être l’élu du doute.»

On se moque parfois de Sartre, debout sur son tonneau en octobre 1970, en train de haranguer les ouvriers de Renault. On a tort, c’est là qu’il est sublime. C’est lui, n’en doutez pas, que la haine de la pensée voudra toujours liquider. Sartre, avec sa générosité folle, n’a jamais voulu faire partie d’une « élite », et on se souvient de la dernière phrase des « Mots » : « Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui.»  Là, le Saint-Esprit sourit sur les toits : « Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous » est encore une formulation christique. Quant à « que vaut n’importe qui », on reste rêveur dans un monde qui évolue à toute allure vers le n’importe quoi.

Comme on peut le vérifier dans ses « Carnets », Sartre admirait beaucoup Stendhal. On connaît la fin de « la Chartreuse de Parme » : « to the happy few ». Sartre, lui, a voulu être du côté des un-happy many. C’est son sacrifice étrange, mais c’est aussi sa grandeur. Il écrit ainsi en 1940 : « Un homme heureux est aujourd’hui si solitaire qu’il faut bien expliquer son sentiment : il parle de couleurs aux aveugles.»


Jean-Paul Sartre
, Les Mots et autres récits autobiographiques. Édition de Jean-François Louette et Juliette Simont. Éditions Gallimard, la Pléiade
.


Philippe Sollers

Le Nouvel Observateur n°2372 du 22 avril 2010.

 

6 janvier 2010

Le Muflisme-sarkozisme

Classé sous Non classé — sollers @ 18:2

Paris, le 6 janvier 1998 

Cher Flaubert, 

Vous remarquez d’abord que je ne vous appelle pas Gustave, comme le doué de la famille, Sartre, avait pris l’étrange habitude de le faire. Pas de famille, pas de familiarité. Je ris en voyant que vous vous adressez à George Sand en la traitant de « chère Maître ». Quelle idée ! Comme si la « femme Sand » (c’est Baudelaire qui parle) n’était pas faite pour qu’on « lui jette un bénitier à la tête » ! Vous allez jusqu’à signer « votre vieux troubadour ». C’est pour plaisanter, je sais, mais quand même. Troubadour ! Avec Sand ! Paris n’était pas drôle en 1871, l’année de la naissance de Proust ? Si vous croyez qu’il l’est aujourd’hui ! Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, un grand nombre de massacres ont eu lieu, mais c’est comme si rien ne s’était passé, ça piétine, ça mine, ça rumine. Vous allez écrire un an plus tard, après la Commune : « Je suis exaspéré par la Droite, à me demander si les communards n’avaient pas raison de vouloir brûler Paris, car les fous furieux sont moins abominables que les idiots. Leur règne, d’ailleurs, est toujours moins long.»

Ça se discute. Ce que vous dites n’en est pas moins prophétique : l’évolution de l’Humanité peut se résumer en trois mots, Paganisme, Christianisme, Muflisme. Thèse, Antithèse, Synthèse.  Nous sommes donc, cent vingt-sept ans après votre lettre, dans le plein essor du Muflisme. Deux guerres mondiales avec « meurtres en grand », et ça continue de plus belle, à froid. Nous avons eu le Muflisme-léninisme, le Muflisme-fascisme, le Muflisme-nazisme, et nous en sommes (ouf ! on respire !) à la réalisation planétaire du Muflisme-financiérisme.

L’Art et la Littérature dans tout ça ? Ecume, mon cher, business, moins-que-rien, servilité et dépression générales, monnayage d’impasses, crises d’identité vaseuses, publicité morbide, défaite d’Eros, triomphe de Thanatos. Cher Flaubert, même vous, malgré vos efforts, êtes devenu une image inoffensive. Madame Bovary va bien, elle se démène partout, elle a été clonée, elle a ses vapeurs, ses rougeurs, ses langueurs, ses peurs. Bref, le lamento français, que vous avez inauguré, monte sans cesse comme accompagnement du spectacle. Vous connaissez la rengaine: rien ne va plus, c’est l’apocalypse, Paris est fini, la France est foutue, on meurt de chagrin, de misère, de haine. Mais dites-moi, Flaubert, qui a osé vous ranger dans le rang des « écrivassiers funestes » ? Quel est ce jeune insolent ? Lautréamont, dans ses  Poésies. Ce nom ne vous dit rien ? Dommage. Remarquez qu’aujourd’hui encore il ne dit presque rien à personne. Et Rimbaud, les Illuminations, Une saison en enfer, vous ne connaissez pas non plus ? Dommage, dommage. Voilà quand même deux anti-muflistes radicaux, croyez-moi. Avec votre coïnculpé, traîné en même temps que vous au tribunal pour ses Fleurs du mal, cela fait trois. Relisons-les ensemble, voulez-vous ? Vous m’en direz des nouvelles. 

Je viens de le faire à l’instant, et Paris, aussitôt, me paraît la plus belle ville du monde (elle l’est ! elle l’est toujours !), le XIXe obligatoire a disparu, je ne commémore rien, j’avance, le soleil brille en hiver, l’amour est plus fort que la mort, la liberté n’est pas un vain mot, mes phrases s’écrivent d’elles-mêmes. On va vous libérer, Flaubert ! Des Prussiens, de l’Ennui, de la Bêtise, du Fiel, de Bouvard, de Pécuchet, de Sand, des Goncourt, de Homais ! On arrive du XIIe siècle ! Au moins ! On est réaliste, on tient le coup, on demande ici et maintenant l’impossible. Quel banquet ! Préparez quelques bonnes bouteilles à Croisset !
Votre camarade dans la Résistance, 

Philippe Sollers 
Le Nouvel Obsevateur n°1734 du 29 janvier 1998.

1 décembre 2009

Bêtise : continent infini

Classé sous Non classé — sollers @ 13:2

Prenons Flaubert le samedi 27 septembre 1878 dans le « Journal » d’Edmond de Concourt : « Flaubert, à la condition de lui abandonner les premiers rôles et de se laisser enrhumer par les fenêtres qu’il ouvre à tout moment, est un très agréable camarade. Il a une bonne gaieté et un rire d’enfant, qui sont contagieux; et dans le contact de la vie de tous les jours se développe en lui une grosse affectuosité qui n’est pas sans charme. »

Ce Goncourt ne comprend rien, cela va de soi, mais il nous donne une précieuse information sur l’ouverture des fenêtres. Flaubert étouffe, il suffoque, son « Bouvard et Pécuchet » lui donne un mal fou, c’est un bouquin infernal, atroce, qui le mène droit à la mort. « Mon but secret est d’abrutir tellement le lecteur qu’il en devienne fou. Mais mon but ne sera pas atteint, par la raison que le lecteur ne me lira pas. Il se sera endormi dès le commencement. »

On n’a pas assez insisté, à mon avis, sur la découverte fondamentale de Flaubert, son trait de génie, sa passion, sa rage. Sartre a eu tort d’inventer pour lui le rôle d’« idiot de la famille », alors qu’il aura été le premier à sonder ce continent infini, la Bêtise. De ce point de vue, Flaubert, c’est Copernic, Galilée, Newton : avant lui, on ne savait pas que la Bêtise gouvernait le monde. « Je connais la Bêtise. Je l’étudie. C’est là l’ennemi. Et même il n’y a pas d’autre ennemi. Je m’acharne dessus dans la mesure de mes moyens. L’ouvrage que je fais pourrait avoir comme sous-titre : « Encyclopédie de la Bêtise humaine ».»

Bêtise de la politique, bêtise de la littérature, bêtise de la critique, médiocrité gonflée à tout va, il faut dire que la fin du XIXe siècle se présente comme un condensé de tous les siècles, ce qui a le don de mettre Flaubert en fureur. Le pouvoir est bête, la religion est bête, l’ordre moral est insupportable, bourgeois ou socialistes sont aussi imbéciles les uns que les autres, et ce qui les unit tous, preuve suprême de la Bêtise, est une même haine de l’Art. « Qui aime l’Art aujourd’hui ? Personne, voilà ma conviction intime. Les plus habiles ne songent qu’à eux, qu’à leur succès, qu’à leurs éditions, qu’à leurs réclames ! Si vous saviez combien je suis écoeuré souvent par mes confrères ! Je parle des meilleurs.» Il faut lire ici (ou relire) la grande lettre à Maupassant, de février 1880, elle est prophétique. Un programme de purification du passé est en cours sous le nom de moralité, mais en réalité (et nous en sommes là aujourd’hui) par la mise en place d’une conformité fanatique plate. « Il faudra, dit Flaubert, supprimer tous les classiques grecs et romains, Aristophane, Horace, Virgile. Mais aussi Shakespeare, Goethe, Cervantès, Rabelais, Molière, La Fontaine, Voltaire, Rousseau. » « Après quoi, ajoute-t-il, il faudra supprimer les livres d’histoire qui souillent l’imagination ».

Flaubert voit loin : les idées reçues doivent remplacer la pensée, il y a, au fond de la bêtise, une « haine inconsciente du style », une « haine de la littérature » très mystérieuse, animale, qu’il s’agisse des gouvernements, des éditeurs, des rédacteurs en chef des journaux, des critiques « autorisés ». La société devient une énorme « farce », où, dit-il, « les honneurs déshonorent, les titres dégradent, la fonction abrutit ». Renan se présente à l’Académie française ? Quelle « modestie » ! « Pourquoi, quand on est quelqu’un, vouloir être quelque chose ? » Savoir écrire et lire est un don, sans doute, mais aussi une malédiction : « Du moment que vous savez écrire, vous n’êtes pas sérieux, et vos amis vous traitent comme un gamin.» Bref, l’être humain est en train de devenir irrespirable.

En janvier 1880, vers la fin de son existence physique de saint halluciné, Flaubert écrit à Edma Roger des Genettes (sa correspondante préférée, avec Léonie Brainne et sa nièce Caroline, plutôt des femmes, donc) : « J’ai passé deux mois et demi absolument seul, pareil à l’ours des cavernes, et en somme parfaitement bien, puisque, ne voyant personne, je n’entendais pas dire de bêtises. L’insupportabilité de la sottise humaine est devenue chez moi une maladie, et le mot est faible. Presque tous les humains ont le don de m’exaspérer, et je ne respire librement que dans le désert.»

Simple question : que dirait Flaubert aujourd’hui ? Autre prophétie pleinement réalisée : « L’importance que l’on donne aux organes uro-génitaux m’étonne de plus en plus.» Allons, bon : le sexe lui-même est en train de devenir Bête.

Gustave Flaubert, Correspondance, Tome V. Éditions Gallimard, Coll « la Pléiade », 1584 p.

Philippe Sollers
Le Nouvel Observateur n° 2250 du 20 décembre 2007.

30 septembre 2009

2 – Quels sont vos dix livres préférés ?

Classé sous Non classé — sollers @ 18:2

Yannick Haenel
L’Odyssée d’Homère
La Bible (trad. Lemaître de Sacy)
La Divine Comédie de Dante
Les Romans de la Table ronde de Chrétien de Troyes
Pensées de Pascal
Moby Dick de Herman Melville
Ulysse de James Joyce
Illuminations d’Arthur Rimbaud
Les Chants de Maldoror de Lautréamont
Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov
Acheminement vers la parole de Martin Heidegger
Plus un livre de coeur : Les Impardonnables de Cristina Campo 

Régis Jauffret
La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette
Correspondance de Flaubert
Essais de Montaigne
Ulysse de Joyce
La Vie mode d’emploi de G. Perec
Juliette de D.A.F. de Sade
A la recherche du temps perdu de M. Proust
Les Ames mortes de N. Gogol
Le Vice-consul de M. Duras
16, rue d’Avelghem de Xavier Houssin
 
Jonathan Littell
La Folie du jour de Maurice Blanchot
Le Bleu du ciel de Georges Bataille
La trilogie (Molloy, Malone meurt, L’Innommable) de Samuel Beckett
Vie et destin de Vassili Grossman
Un héros de notre temps de Mikhaïl Lermontov
Hadji Mourat de Lev Tolstoï
Bartleby et Moby Dick d’Herman Melville
Récits (tous, impossible d’en choisir un) de Kafka
L’Education sentimentale de Gustave Flaubert
Absalon, Absalon ! de William Faulkner

Catherine Millet

Graziella de Lamartine
Back Street de Fanny Hurst
Le Lys dans la vallée de Balzac
L’Annonce faite à Marie de Claudel
Le Temps retrouvé de Proust
Orlando de Virginia Woolf
Lucien Leuwen de Stendhal
Salammbô de Flaubert
La Joie de Bernanos
Pierre ou les Ambiguïtés de Melville

Patrick Modiano

Tristan et Iseut
Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare
Manon Lescaut de l’abbé Prévost
Les Fleurs du mal de Baudelaire
Crime et châtiment de Dostoïevski
Illusions perdues de Balzac
Les Grandes Espérances de Dickens
La Vie d’Arséniev d’Ivan Bounine
La Montagne magique de Thomas Mann
Au-dessous du volcan de Lowry

Yann Moix

Ulysse de James Joyce
Un nouveau théologien, M. Fernand Laudet de Charles Péguy
Ferdydurke de Witold Gombrowicz
A la recherche du temps perdu de Marcel Proust
D’un château l’autre de Louis-Ferdinand Céline
Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien d’Alfred Jarry
Soixante Jours de prison de Sacha Guitry
Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud
Etre juif de Benny Lévy
Somme athéologique de Georges Bataille
Journal de Léon Bloy

Marie NDiaye
Le Poème de la montagne et Le Poème de la fin de Marina Tsvétaïeva
Louons maintenant les grands hommes de James Agee
Mon mal vient de plus loin de Flannery O’Connor
Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov
Eux de Joyce Carol Oates
La Femme de Gilles de Madeleine Bourdouxhe
Le Mandat d’Ousmane Sembène
La Pornographie de Witold Gombrowicz
Un amour dangereux de Ben Okri
Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry 

Lydie Salvayre
Mourir m’enrhume d’Eric Chevillard
Le Démarcheur d’Eric Chevillard
Palafox d’Eric Chevillard
Le Caoutchouc décidément d’Eric Chevillard
La Nébuleuse du crabe d’Eric Chevillard
Un fantôme d’Eric Chevillard
L’Œuvre posthume de Thomas Pilaster d’Eric Chevillard
Les Absences du capitaine Cook d’Eric Chevillard
Du hérisson d’Eric Chevillard
Le Vaillant Petit Tailleur d’Eric Chevillard
Addenda :
Paysage avec palmiers de Bernard Wallet
Dans ma maison sous terre de Chloé Delaume

Jean-Jacques Schuhl
Les Fleurs du mal de Baudelaire
Le Gai Savoir de Nietzsche
Comment j’ai écrit certains de mes livres de Raymond Roussel
Second Manifeste du surréalisme d’André Breton
Journal de Kafka
Lolita de Nabokov
Le Bleu du ciel de Georges Bataille
Voyage au bout de la nuit de Céline
Cantos d’Ezra Pound
Fictions de Borges

Chantal Thomas
Une chambre à soi de Virginia Woolf
Histoire de Juliette de D.A.F. de Sade
Claudine à l’école de Colette
Enfance de Nathalie Sarraute
Lettres de Mme du Deffand
Des arbres à abattre et Une irritation de Thomas Bernhard
Après le tremblement de terre de Haruki Murakami
Grandir de Gilles Leroy
La Chambre claire de Roland Barthes
Le Métier de vivre de Cesare Pavese

Philippe Sollers
Pensées de Pascal
Mémoires de Saint-Simon
Correspondance complète de Voltaire
Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand
Les Fleurs du mal de Baudelaire
Poésies de Lautréamont
Illuminations de Rimbaud
Le Temps retrouvé de Proust
Manifeste du surréalisme de Breton
Féerie pour une autre fois de Céline
 Télérama, le 20 mars 2009

28 septembre 2009

1-Quels sont vos dix livres préférés ?

Classé sous Non classé — sollers @ 17:2

Quels sont vos dix livres préférés ?
C’est la question que nous avons posée à cent écrivains francophones. Pas pour se concocter une liste de chefs-d’œuvre mais pour faire connaissance, par la petite porte, avec ces lectures intimes qui les inspirent.
Télérama, mars 2009

François Bégaudeau
Conformément au calendrier nietzschéen :
An – 216 : Le Misanthrope, de Molière
An – 120 : Le Neveu de Rameau, de Diderot
An – 9 : Une saison en enfer, d’Arthur Rimbaud
(An 0 : Le Gai Savoir, de Nietzsche)
An 47 : Le Bruit et la Fureur, de Faulkner
An 48 : Un certain Plume, d’Henri Michaux
An 52 : Tropique du Cancer, de Henry Miller
An 78 : La Pornographie, de Gombrowicz
An 82 : Les Mots, de Jean-Paul Sartre
An 124 : Ravel, de Jean Echenoz
An 127 : Le Spectateur émancipé, de Jacques Rancière

Frédéric Beigbeder
Le Temps retrouvé, de Marcel Proust
Pan de Knut Hamsun
Nouvelles de J.D. Salinger
A.O. Barnabooth, son journal intime de Valery Larbaud
Gatsby le Magnifique, de Francis Scott Fitzgerald
Les Mots, de Jean-Paul Sartre
Les Contrerimes, de Paul-Jean Toulet
American Psycho, de Bret Easton Ellis
Plateforme, de Michel Houellebecq
Rose poussière, de Jean-Jacques Schuhl 

François Cheng
La poésie des Tang
Le Rêve dans le pavillon rouge, de Cao Xueqin
Le théâtre d’Eschyle
La Bible
La Divine Comédie, de Dante
Le théâtre de Shakespeare
Les Fleurs du mal, de Baudelaire
Les Frères Karamazov, de Dostoïevski
Sonnets à Orphée et Elégies de Duino, de Rilke
A la recherche du temps perdu, de Proust

Catherine Cusset
Jane Eyre de Charlotte Brontë
Les Liaisons dangereuses de Laclos
La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette
Illusions perdues de Balzac
L’Education sentimentale de Flaubert
Belle du Seigneur d’Albert Cohen
Les Frères Karamazov de Dostoïevski
Anna Karénine de Tolstoï
A la recherche du temps perdu de Proust
Orgueil et préjugés de Jane Austen 

Charles Dantzig
A la recherche du temps perdu de Marcel Proust
Edouard II de Christopher Marlowe
Gatsby le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald
Le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa
L’Importance d’être constant d’Oscar Wilde
Pensées de Blaise Pascal
Moralités légendaires de Jules Laforgue
Le Siècle de Louis XIV de Voltaire
Tristes d’Ovide
Vies parallèles de Plutarque 

Marie Darrieussecq
La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette
L’Attrape-Coeurs de J.D. Salinger
Absalon, Absalon ! de Faulkner
Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov
La Trêve de Primo Levi
Orgueil et préjugés de Jane Austen
Paysage lacustre avec Pocahontas d’Arno Schmidt
Les Chants de Maldoror et les poésies de Lautréamont
Correspondance de Flaubert
Thalassa de Sandor Ferenczi 

Chloé Delaume
Rose poussière de Jean-Jacques Schuhl
Tombeau pour cinq cent mille soldats de Pierre Guyotat
L’Ecume des jours de Boris Vian
L’Arve et l’Aume d’Antonin Artaud
Moralités légendaires de Jules Laforgue
Ulysse de James Joyce
Locus Solus de Raymond Roussel
Médée-Matériau de Heiner Müller
Une saison en enfer de Rimbaud
SCUM Manifesto de Valérie Solanas 
  

Alain Fleischer
Les Aventures de Don Quichotte de Cervantès
Robinson Crusoé de Daniel Defoe
La Chartreuse de Parme de Stendhal
De grandes espérances de Charles Dickens
Le Procès de Franz Kafka
Du côté de chez Swann de Marcel Proust
Ulysse de James Joyce
L’Homme sans qualités de Robert Musil
Le Bruit et la Fureur de William Faulkner
Extinction de Thomas Bernhard
  

Philippe Forest
Crainte et tremblement de Kierkegaard
A la recherche du temps perdu de Proust
Ulysse de Joyce
Poèmes choisis de T.S. Eliot
Le Paysan de Paris d’Aragon
Si je t’oublie, Jérusalem et Les Palmiers sauvages de Faulkner
L’Expérience intérieure de Bataille
Arcane 17 de Breton
Paradis de Sollers
Lettres aux années de nostalgie de Kenzaburô Oé 

Jacques Henric
La Divine Comédie de Dante
Béatrix de Balzac
Vie de Henry Brulard de Stendhal
Albertine disparue de Proust
Ulysse de Joyce
Noces de Musil
D’un château l’autre de Céline
Sous le soleil de Satan de Bernanos
Le Bleu du ciel de Bataille
Au-delà du fleuve et sous les arbres de Hemingway 

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